La maison Adler descend d'une ancienne famille juive de Francfort-sur-le-Main. La *Jewish Encyclopedia* rappelle que Nathan Marcus Adler venait d'une famille juive de Francfort qui, durant plusieurs siècles, fournit des théologiens aux chaires rabbiniques des ghettos continentaux [Jewish Encyclopedia]. Cette assise francfortoise n'est pas anecdotique : elle explique la densité d'érudition qui caractérise chaque génération et le prestige dont la famille jouit bien avant son installation britannique.
La figure éponyme qui éclaire le XVIIIᵉ siècle est celle du kabbaliste Nathan HaKohen Adler. Nathan Adler (1741–1800) fut un kabbaliste allemand éminent et rosh yeshiva à Francfort. Figure profondément révérée mais controversée, il forma plusieurs des rabbins les plus influents de son époque, en particulier le Chatam Sofer. [Wikipedia]. Ses pratiques piétistes, teintées de kabbale lourianique, provoquèrent au sein de la communauté francfortoise des tensions qui allèrent jusqu'à la menace d'excommunication : en 1782 il fut élu rabbin de Boskowitz en Moravie, mais sa piété excessive et mystique lui ayant attiré des ennemis, il fut contraint de quitter sa congrégation et, en 1785, retourna à Francfort ; comme il persistait dans ses pratiques antérieures, la menace d'excommunication fut renouvelée en 1789, demeurant une source de tension jusqu'à la dernière année de sa vie [Wikipedia, *Nathan Adler*]. C'est de ce kabbaliste, et non par filiation agnatique directe, que Nathan Marcus Adler reçut son prénom : il fut nommé d'après le kabbaliste Nathan Adler [Wikipedia].
L'ombre portée du kabbaliste sur la lignée est essentielle : elle donne au nom Adler, en Allemagne rhénane, une tonalité à la fois savante et spirituelle. Lorsque les Adler de Hanovre — dont on admettra sans hasard, selon les généalogistes, une parenté étendue avec la souche francfortoise — monteront en dignité, ils porteront la mémoire de ce piétiste.
Le XIXᵉ siècle des Adler s'ouvre à Hanovre, alors rattachée à la Couronne britannique par union personnelle sous George III. La *Jewish Encyclopedia* précise : Grand rabbin de l'Empire britannique, né à Hanovre, Allemagne, le 15 janvier 1803, mort à Brighton, Angleterre, le 21 janvier 1890. Il était le troisième fils de Marcus Baer Adler, grand rabbin de Hanovre. [Jewish Encyclopedia]. Il est possible que la date du 13 janvier 1803, retenue par d'autres sources, corresponde à une conversion plus exacte de la date hébraïque ; Nathan Marcus Adler, fils de Mordecai (Marcus) Baer Adler, Grand Rabbin de Hanovre, est né le 21 Tevet 5563, soit le 15 janvier 1803, d'autres versions de sa date de naissance reposant sur des erreurs de conversion de la date hébraïque [OzTorah].
Le père, Mordecai Baer Adler, avait fait de Hanovre une chaire rabbinique de premier plan. Son père, Mordecai (Marcus) Baer Adler, était Grand Rabbin de la ville [Wikipedia]. Le fils fut nourri d'une double culture : l'étude talmudique traditionnelle et l'université allemande. Il étudia les classiques et les langues modernes, dont l'anglais et le français, à l'université de Würzburg ; son doctorat de philosophie lui fut conféré par l'université d'Erlangen en 1828. [Wikipedia].
Le contexte politique de sa naissance est historiquement décisif : né lorsque Hanovre était un apanage de la Couronne anglaise sous George III, il était sujet britannique et fut éduqué sur des bases très larges [Jewish Encyclopedia]. Cette qualité de sujet britannique de naissance, conjuguée à son profil académique, le préparait, presque à son insu, à une carrière impériale.
Son ascension rabbinique fut précoce. Selon l'*Encyclopaedia Britannica*, Nathan Marcus Adler fut Grand Rabbin de l'Empire britannique, fondateur du Jews' College et de la United Synagogue. Adler devint grand rabbin d'Oldenburg en 1829 et de Hanovre en 1830. [Britannica]. Il succéda ainsi à son propre père sur la chaire hanovrienne : Nathan Adler naquit à Hanovre, alors sous la couronne britannique, et fut éduqué en Allemagne. Il devint rabbin d'Oldenburg en 1829 et succéda à son père, Marcus Baer Adler, à Hanovre l'année suivante. [Encyclopedia.com].
L'année 1845 marque la bascule impériale de la lignée. Élu au rabbinat suprême du Royaume-Uni, Nathan Marcus Adler transporte la culture rabbinique allemande vers Londres et y bâtit, en quatre décennies, une architecture institutionnelle durable. Il fonda le Jews' College et la United Synagogue [Britannica]. La première de ces institutions devait assurer la formation d'un clergé rabbinique anglophone ; la seconde, fédérer les synagogues orthodoxes de Londres sous une autorité unique.
La notice du Willesden Jewish Cemetery précise l'ampleur de l'œuvre communautaire : il fut l'un des fondateurs du Jewish Board of Guardians en 1859 et de la United Synagogue en 1870. Il fut aussi la figure-clé du Jews' College de Londres, qui formait les rabbins. [Willesden Jewish Cemetery]. L'œuvre dépasse la seule organisation : elle façonne une identité. Adler créa une pratique particulière du judaïsme orthodoxe, distinctive de la Grande-Bretagne. [Willesden Jewish Cemetery].
Cette pratique « adlérienne » se caractérise par la centralisation, la pastorale de proximité et l'ouverture mesurée à la modernité. L'article de Wikipedia souligne : premier Grand Rabbin britannique formé à l'université et premier à entreprendre des tournées pastorales régulières dans le Royaume-Uni, il fut également fondateur de la National Society for the Prevention of Cruelty [Wikipedia]. On voit ici s'esquisser un type nouveau : le rabbin comme dignitaire civique de l'Empire, articulant halakha orthodoxe et citoyenneté victorienne.
Son héritage institutionnel s'enracine profondément dans le judaïsme britannique : en 2006, ceci demeure le plus grand regroupement religieux au sein de la communauté juive britannique et tire son autorité religieuse du Grand Rabbin [Wikipedia]. Les derniers mois de son activité furent allégés par l'adjonction d'un délégué ; la *Jewish Encyclopedia* note que la même année, la United Synagogue, constatant que la pression de ses fonctions officielles s'accroissait, nomma un délégué adjoint grand rabbin ; malgré cela, le Dr Adler continua de s'intéresser activement aux affaires de la communauté juive [Jewish Encyclopedia]. Il mourut à Brighton en 1890 et fut inhumé, parmi ses successeurs, à Willesden.
La transmission fut, fait rare dans l'histoire du rabbinat britannique moderne, de père à fils. Hermann Adler, né à Hanovre en 1839, incarne la continuité dynastique et l'acclimatation parfaite au monde anglais. Fils (et successeur comme Grand Rabbin) de Nathan Marcus Adler, l'Encyclopædia Britannica de 1911 écrit qu'il « éleva la position [de Grand Rabbin] à un degré de grande dignité et d'importance ». Naftali (Hermann) Adler est né à Hanovre. Comme son père, il reçut à la fois une éducation rabbinique et… [Wikipedia / Britannica 1911].
Sa biographie précoce illustre la double matrice de la lignée : Adler, né à Hanovre, fut amené à Londres enfant, lorsque son père devint Grand Rabbin britannique, et fit ses études à l'University College School et à l'University College de Londres [Encyclopedia.com]. Son itinéraire académique combine ensuite l'université anglaise et les centres d'études juives de l'Europe centrale : Grand Rabbin des Congrégations hébraïques unies de l'Empire britannique ; né à Hanovre en mai 1839 ; second fils de Nathan Marcus Adler ; éduqué à l'University College School et à l'University College de Londres. Il étudia à Prague et à Leipzig entre 1860 et 1862. [Jewish Encyclopedia].
Le témoignage de son cadet biographe, repris par OzTorah, précise : Hermann Adler naquit à Hanovre le 29 mai 1839. Il était le cinquième et plus jeune enfant de Nathan Marcus Adler, Landrabbiner de Hanovre, et de sa première épouse Henrietta (née Worms, décédée en 1853). Hermann vint en Angleterre à l'âge de six ans. [OzTorah]. On notera la discordance apparente entre la source qui le dit « deuxième fils » et celle qui le dit « cinquième et plus jeune enfant » : selon ces sources, il est possible qu'Hermann fût le plus jeune enfant tout en étant le second fils survivant.