Век в повествовании
Le XXXIVᵉ siècle avant notre ère — 3400-3301 — est, par excellence, le **siècle de l'écriture**. C'est en lui que naissent, presque simultanément, les deux plus anciens systèmes graphiques de l'humanité : l'écriture **proto-cunéiforme** d'Uruk et les **hiéroglyphes archaïques** d'Abydos.
À **Uruk**, dans le quartier sacré de l'Eanna, les fouilleurs allemands ont mis au jour, dans les niveaux **Uruk IV** (datés vers 3400-3200 av. J.-C.), plus de **cinq mille tablettes** d'argile inscrites de signes pictographiques. Ces tablettes — aujourd'hui conservées à Berlin, Heidelberg, Bagdad — sont essentiellement comptables : listes de marchandises livrées au temple, rations distribuées aux ouvriers, cheptels du dieu. On y dénombre environ 750 signes différents : têtes humaines, oiseaux, grains, poissons, outils. Aucun ne représente encore la phonétique d'une langue ; l'écriture est, à cette étape, purement logographique. Mais le pas est franchi. Pour la première fois, l'humanité peut transmettre une information qui ne dépend plus d'aucune mémoire vivante.
À **Abydos**, dans la nécropole U, la **tombe U-j** d'un roi prédynastique de Haute-Égypte — peut-être **Scorpion I** — livre près de **deux cents étiquettes inscrites** en signes hiéroglyphiques archaïques. Ces étiquettes accompagnaient des jarres de vin et d'onguents importés du Levant. Elles indiquent l'origine, la qualité, la propriété. Datées vers 3320-3150 av. J.-C., elles concurrencent les tablettes d'Uruk pour le titre de plus ancienne écriture du monde — sans qu'on puisse trancher avec certitude.
Le **manche du couteau de Gebel el-Arak** — en ivoire d'hippopotame, daté vers 3300 av., aujourd'hui au Louvre — illustre les échanges entre les deux civilisations. Sur une face, un personnage barbu tient à bras-le-corps deux lions : c'est l'iconographie du « héros sumérien » importée en Égypte. Sur l'autre, une bataille navale opposant deux types de bateaux. Ces transferts iconographiques — sumériens vers égyptiens — ne se reproduiront plus avec la même intensité : à partir du XXXIIᵉ siècle, l'Égypte développera son propre langage visuel.
À la fin du siècle, vers 3300 av., l'**Eanna d'Uruk brûle**. Cet incendie clôt la période Uruk IV. Sur ses ruines s'élèvera la période Uruk III (parfois appelée Jemdet Nasr) : un nouveau système d'écriture, une nouvelle architecture, une nouvelle dynastie peut-être. La continuité du sacré — ne jamais abandonner la maison du dieu, toujours rebâtir au-dessus — est respectée. Mais la rupture est aussi nette.
Le XXXIVᵉ siècle av. J.-C. clôt la Protohistoire et ouvre le seuil de l'**Histoire** au sens strict — celle qui se laisse lire. Quand, au XXXIIIᵉ siècle, **Narmer** unifiera la Haute et la Basse-Égypte, il pourra le faire savoir — par les hiéroglyphes de sa Palette. Quand, plus tard, **Abraham** quittera Ur, il quittera une civilisation qui possède des bibliothèques de tablettes depuis cinq cents ans. L'écriture, en transformant la mémoire humaine, prépare l'aventure du Livre.