Ugrás a tartalomra
Zakhor
2 novembre 1917 · Londres

Soixante-sept mots

Une lettre d’une phrase promet un foyer à un peuple et des droits civils à ceux qui vivent déjà là. Les deux moitiés se disputent encore.

MegállapítottBalfourMandatDiplomatieTexte

Le 2 novembre 1917, Arthur Balfour, secrétaire au Foreign Office, adresse une lettre à Lord Rothschild, figure de la communauté juive britannique, pour qu’il la transmette à la Fédération sioniste.

Elle tient en une phrase.

Le texte

Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts à faciliter la réalisation de cet objectif ; étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.

Soixante-sept mots en anglais. Chacun avait été pesé pendant des mois.

Ce que chaque précaution protège

« Foyer national » et non « État » : la formule avait été inventée au congrès de Bâle en 1897 pour ne pas alarmer le sultan, et elle sert ici à ne rien promettre de définissable.

« Communautés non juives existantes » : elles formaient alors environ neuf dixièmes de la population, et le texte ne les nomme pas.

La dernière clause ne protège pas les habitants de la Palestine mais les Juifs d’Angleterre : elle répond aux notables juifs britanniques, adversaires du sionisme, qui craignaient qu’on ne mette en doute leur loyauté.

Pourquoi la Grande-Bretagne l’a écrite

Les raisons données à l’époque tiennent au moment : rallier l’opinion juive américaine et russe à l’effort de guerre, prendre de vitesse une éventuelle déclaration allemande, et asseoir une position britannique en Palestine face à la France.

S’y ajoutent des convictions personnelles — Balfour et Lloyd George avaient une lecture biblique du retour — et le travail de plusieurs années de Chaim Weizmann, chimiste installé à Manchester, proche de Balfour de longue date.

La Grande-Bretagne promettait alors la même région, en des termes différents, aux Arabes et à la France. Les trois engagements sont incompatibles, et tout le siècle en découle.

Ce que la déclaration valait

Juridiquement, rien : c’est une lettre, sur un territoire encore ottoman, écrite par un ministre.

Elle prend force en 1922, quand elle est incorporée au mandat britannique confié par la Société des Nations.

C’est ce passage d’une lettre privée à un texte de droit international qui fait de ces soixante-sept mots l’un des documents les plus discutés du siècle. Aucun des deux camps n’a jamais accepté la lecture que l’autre en fait.