A század elbeszélésben
Le XXXVᵉ siècle avant notre ère — 3500-3401 — est le siècle de **l'expansion d'Uruk** et de la **maturation de l'Égypte prédynastique**. Sumer et le Nil, qui développent leurs civilisations en parallèle, se rejoignent symboliquement dans ce siècle où les routes commerciales s'organisent et où des modèles culturels traversent le Proche-Orient.
Au **nord-Levant**, sur le moyen Euphrate, les archéologues ont mis au jour deux sites extraordinaires : **Habuba Kabira** et **Jebel Aruda** (Syrie). Ce sont des **colonies urukéennes** — des villes sumériennes en miniature, transplantées à un millier de kilomètres de la basse Mésopotamie. Maisons à plan tripartite typiques d'Uruk, céramique standardisée, sceaux-cylindres au répertoire iconographique mésopotamien. Pourquoi de telles colonies ? Probablement pour contrôler la route commerciale du **bois de cèdre du Liban**, du **cuivre anatolien** et du **lapis-lazuli afghan**. Le commerce international, dans la longue durée, est bien plus ancien que les empires.
À **Hiérakonpolis** (Nekhen, en Haute-Égypte), une figure protohistorique se profile : **Scorpion I**, dont la tombe U-j à **Abydos** — datée vers 3300 av., aux préparatifs commençant à ce siècle — contiendra les plus anciennes inscriptions hiéroglyphiques égyptiennes. Hiérakonpolis devient la métropole de la Haute-Égypte avec une population estimée entre 5 000 et 10 000 habitants. Sa nécropole HK6 livre des tombes d'élites entourées d'ouvriers sacrifiés et même d'animaux exotiques (éléphants, hippopotames, crocodiles), signalant déjà la sacralité du roi.
La fameuse **tombe peinte 100** de Hiérakonpolis, datée du milieu du XXXVᵉ siècle, est le plus ancien décor mural funéraire d'Égypte. Sur ses parois en briques crues, on voit des bateaux à voile, des combats, des chasses, et — déjà — la figure du « roi vainqueur » fracassant la tête d'un ennemi : iconographie qui sera reprise et codifiée mille ans plus tard sur la **Palette de Narmer** (XXXIIᵉ siècle).
En **Sumer**, les **sceaux-cylindres** atteignent une perfection narrative inédite. Le motif du « héros nu domptant deux animaux » — le héros sumérien tenant à bras-le-corps lions et taureaux — apparaît à cette époque. Il traversera quatre millénaires de Proche-Orient : on le retrouvera, transformé, dans les images mésopotamiennes du combat de Gilgamesh, puis dans la statuaire achéménide de Persépolis, et — peut-être — dans le **Daniel biblique** qui « ferme la gueule des lions » (Dn 6).
Sur les eaux, l'humanité franchit un seuil : la **voile carrée** apparaît sur les barques du Nil et probablement sur les bateaux du Golfe persique. Le commerce maritime, jusqu'alors limité au cabotage à la rame, devient capable de traverser de longues distances. Trois mille ans plus tard, **Salomon** enverra sa flotte d'**Ezion-Guéber** vers **Ophir** (1 Rois 9,26-28) — héritière directe de cette révolution lointaine.