Entrusted by Bernard Bensaid · deposited on April 15, 2026 · Intersection register — Alexander Marx, "Texts by and about Maimonides", The Jewish Quarterly Review, New Series, vol. 25, n° 4, avril 1935, poème n° 19. · custodian, not owner
Living memory
Tradition
Apologétique poétique séfarade du Moreh Nevukhim
פיוט בשבח מורה נבוכים
Traditional narrative
Le poème s'inscrit dans la mémoire vive de la communauté séfarade qui, après les controverses maïmonidiennes des XIIIᵉ-XIVᵉ siècles et les persécutions de 1391, fait du Moreh Nevukhim un étendard identitaire. Ephraïm Al-Naqua, fondateur de la communauté de Tlemcen, joint sa voix poétique à la longue chaîne des défenseurs nord-africains et provençaux du rationalisme philosophique. La figure du Rab d'Al-Naqua, vénérée à Tlemcen jusqu'au XXᵉ siècle comme lieu de pèlerinage, prolonge cette mémoire vivante d'un judaïsme conjuguant raison et tradition.
Commemorative function
Défense versifiée de la légitimité du rationalisme maïmonidien contre les critiques kabbalistes ; transmission liturgico-savante au sein des académies séfarades du Maghreb.
Minhaggim (customs)
Critical research
Dating
Probable1391 — 1442
Alexander Marx, JQR 25/4 (1935), poème n° 19 ; biographie d'Ephraïm Al-Naqua (Castille c. 1359 — Tlemcen 1442), composition probablement postérieure à son installation à Tlemcen après 1391.
Provenance
Chain of conservation:
Material analysis
Le poème compte 51 versets, sans rime contrainte selon le schéma classique du qaṣīda hébraïque andalou, mais avec une forte cohésion thématique et un vocabulaire savant mêlant terminologie philosophique tibbonide et lexique kabbalistique (Sefirot, chérubins, char d'Ézéchiel).
Open academic debates
La critique adressée à Naḥmanide aux versets 15-18 est-elle équitable ?
Quel est le statut épistémologique d'Aristote selon le poème (vv. 25-27) ?
1. Comprendre l'enchantement de מורה נבוכים (Moré Névoukhim, Guide des perplexes) revient à percer le secret de la connaissance et de la Loi au nom de laquelle nous avançons ; 2. Afin d'atteindre une pensée exempte de mensonge et de faux semblant, au prix d'un cœur courageux et d'une main vaillante ; 3. Pas à pas, il égrène ses chapitres qui deviennent pour le lecteur comme une table bien dressée ; 4. À l'aide de pensées et d'arguments sensés, sans falsification, ni tromperie camouflée ; 5. De sorte que tu approches d'un savoir qui devient ta véritable demeure où s'assemblent des souffles de vie ornés d'une luxuriante végétation ; 6. Observe l'intelligence éclairante des secrets du Targoum, auxquels se greffent des ajouts glorieux et précieux ; 7. En lui, des noms et des lieux pour sanctifier Dieu, en des hauteurs imposantes ; 8. Qu'il explore seul, car aucun autre homme n'est parvenu à trouver des réponses aussi claires, dans une langue aussi juste, quoique inhabituelle ; 9. Aucune faute ne peut être imputée à ce grand rab, à la fois rassembleur et duquel s'originent tous les liens ; 10. Tel le génie de Jacob qui a su lui faire trouver sur chaque colline un chemin juste au sein des eaux les plus troubles ; 11. Il a résolu toutes les obscurités et secrets de la Tora, en évitant les impasses et chausse-trappes ; 12. En s'appuyant sur les indices, nombreux mais complexes, qu'on trouve dans le Targoum ; 13. Afin d'obtenir la compréhension des Sefirot et de décrypter les mystères des noms des chérubins ; 14. Avec patience, lucidité et enthousiasme, il parvient à délivrer son enseignement aux humains les plus sages ; 15. Et son contradicteur, le grand rab fils de Naḥman, expert en connaissances cabalistiques et autres mystères ; 16. Usa de paroles profondes mais néanmoins peu convaincantes, en jetant des lumières qui obscurcissent plutôt qu'elles n'éclairent ; 17. Recourant à des paroles vaines et donnant des réponses insensées à ceux qui argumentent de bout en bout ; 18. Son honneur ne sera pas privé de génie, ni son regard ne sera détourné d'un cil, fut-il celui d'un roi ; 19. Aux yeux des humains instruits dans les choses de l'esprit et des secrets de la foi ; 20. Qu'ils soient experts en religion ou en sagesse, ou qu'ils soient attirés par la connaissance des secrets fondamentaux ; 21. Qu'ils étudient la prophétie, qu'ils fassent merveille dans l'interprétation des rêves, ou qu'ils soient simplement attirés par le droit chemin ; 22. Et comment un ange apparaît-il aux yeux d'un prophète embarrassé, inversant ce qu'il croit percevoir ; 23. Les sacrifices, qui sont un secret pour tout savant et tout expert des textes sacrés, trouvent leur interprétation véritable ; 24. Et les lois et commandements des textes sacrés trouvent leur juste interprétation comme des trésors cachés perçant à travers un ciel brumeux ; 25. Et toutes les preuves de l'existence de Dieu sont apportées à l'aide de démonstrations irréfutables ; 26. Et comment elles furent facilitées par les avancées spectaculaires d'Aristote ; 27. Leur lumière détruit tout argument contre lui, mais accentue au contraire le côté fragmentaire des opposants ; 28. Et le secret de Job qui aurait été marqué du sort de Satan jeté contre lui ; 29. Et le secret du pourquoi il est possible que le mécréant bénéficie d'un sort favorable et le juste d'un sort défavorable ; 30. Ces positions, déduites d'une observation et d'un savoir profonds, débouchent sur une espérance qui ne se laisse pas enfermer dans un corset ; 31. Comment se présenter devant l'Éternel, que l'on soit riche ou pauvre, juste ou corrompu ; 32. Et comment les humbles et les cœurs purs compatissent et tombent en grâce devant Lui ; 33. Avec des yeux ouverts sur Lui, scrutateurs et non fuyants ; 34. Les secrets de la création sont dévoilés, telle la voûte céleste illuminée d'étoiles ; 35. Le char d'Ézéchiel et les différents mots et lettres qui le désignent, dont la valeur numérique est signifiante ; 36. Et les secrets du visage, des roues appropriées et des ailes repliées sont circonscrits ; 37. Le secret d'Adam et Ève dans le jardin d'Éden après les pièges du serpent ; 38. Et comment Caïn est resté enfermé en lui-même, conduisant au meurtre d'Abel et au sang répandu ; 39. Et comment Seth, le troisième fils d'Adam et Ève, né après le meurtre d'Abel, fut à l'origine d'une nouvelle ère ; 40. Et comment, à partir de là, les questions, les transmissions et les langues n'ont cessé de s'étendre ; 41. Pour conduire à des hommes droits et des combattants qui évitent les touffes de la confusion ; 42. En explicitant les secrets des histoires et les commandements de la Tora, évitant les opinions approximatives ; 43. Qui est-il, celui qui émet un signe opposé, en usant de mots obscurs ; 44. Pour que tout homme sage, dénué d'iniquité, parvienne à s'approprier les paroles de Dieu ; 45. Pour que tout enseignant et maître soit comme une flèche, pointant à partir de son cœur ; 46. Et comment trouver une main bienveillante face à Lui, et des conseils avisés pour secourir des cœurs écrasés ; 47. Les chercheurs sont confrontés aujourd'hui à des directions fausses et des pistes mensongères à l'égard de leurs prochains ; 48. Et les savants sont comme des geôliers ombrageux face à des hommes anéantis ; 49. Dieu le récompensera en le maintenant dans le jardin d'Éden, et ses jours seront prolongés ; 50. Pour avoir passé au peigne fin ses arguments, afin de se débarrasser des fadaises et vieilleries ; 51. Et que soit couronné le Guide des Perplexes pour son travail de démystification.
**Poem by Ephraïm Al-Naqua in honor of Moshé ben Maïmon** A Hebrew poetic composition in 51 verses, this learned piyyut edited by Alexander Marx in 1935 (poem no. 19 of his series *Texts by and about Maimonides*) constitutes one of the most eloquent versified apologies for the *Moreh Nevukhim* (Guide for the Perplexed) to emerge from the Sephardic milieu in the aftermath of the Maimonidean controversies. The French translation, by David Encaoua with the assistance of André Benzenou, restores both its argumentative rigor and its allusive density. **Structure and argumentative progression.** The poem unfolds according to an architecture of five movements. Verses 1 to 14 praise the method of the Guide: a progressive approach, a "well-set" table of chapters (v. 3), arguments "without falsification or concealed deception" (v. 4), elucidation of the Targum, the Sefirot, and the names of the cherubim (vv. 6–13). Verses 15 to 18, polemical, target the "great rabbi son of Naḥman" — Naḥmanides (Ramban) — accused of opposing to the Guide "deep but unconvincing words" and "lights that darken rather than illuminate." Verses 19 to 33 draw up the catalog of questions resolved by Maïmonides: prophecy and angelic apparitions (vv. 21–22), the meaning of sacrifices (v. 23), rational proofs of God's existence grounded in Aristotle (vv. 25–27), theodicy and the secret of Job (vv. 28–30), the prayer of the righteous as well as of the sinner (vv. 31–33). Verses 34 to 42 address the *secrets of creation* (*ma'aseh bereshit*) and the *chariot of Ezekiel* (*ma'aseh merkavah*), then the history of origins — Adam, Eve, the serpent, Cain, Abel, Seth — as the matrix for the transmission of languages and wisdoms. Verses 43 to 51 return to polemics: disqualification of detractors "using obscure words," blessing upon Maïmonides destined for the Garden of Eden, and the final crowning of the *Guide* "for its work of demystification." **Doctrinal stakes.** The poem takes a side, without ambiguity, in favor of the legitimacy of philosophical theology against an exclusively Kabbalistic reading of Judaism. Three theses are defended therein: (1) *Aristotelian reason* is a valid instrument for the *Torah*, insofar as it subordinates itself to revelation (vv. 25–27); (2) the esoteric narratives of the Bible — *bereshit*, *merkavah*, sacrifices, prophecy — are susceptible to a rational exegesis that does not abolish their sacredness but illuminates it (vv. 23, 34–36); (3) doctrinal obscurity is not a virtue: opposing to the Guide "vain words" amounts to betraying the intellect (vv. 16–17, 43). In this the poem is inscribed within the long posterity of the Maimonidean controversies (1232, 1305) and testifies to their continuation in the Sephardic diaspora of the 14th–15th centuries, where the defense of the *Moreh* had become an identity marker against the anti-rationalist currents of Provence and Catalonia. **Author and context.** Ephraïm Al-Naqua (Anqawa, Encaoua), born in Castile around 1359 and died in Tlemcen in 1442, is the founder of the Jewish community of Tlemcen after the persecutions of 1391 in Spain. A physician, Talmudist, and Kabbalist himself — author of the *Sha'ar Kevod Hashem* —, he embodies this late Sephardic paradox of a scholar who masters the esoteric disciplines while defending the legitimacy of Maimonidean rationalism. The tomb of the *Rab*, in Tlemcen, remained until the 20th century a major pilgrimage site of North African Judaism. **Source and establishment of the text.** The poem was edited by Alexander Marx in *The Jewish Quarterly Review*, New Series, vol. 25, no. 4 (April 1935), within a dossier of Hebrew pieces relating to Maimonides. The present French translation, the first to our knowledge, was established by David Encaoua with the prior assistance of André Benzenou.