Le patronyme Rivkes appartient à cette catégorie singulière de noms juifs ashkénazes formés à partir d'un prénom féminin : il signifie « [fils] de Rivka (Rebecca) », selon un usage matronymique répandu en Europe centrale et orientale à l'époque moderne, où le nom de la mère ou de l'aïeule pouvait devenir marqueur de lignée. Cette manière de nommer, loin d'être anecdotique, témoigne d'un trait profond de la mémoire juive : le refus d'effacer la matrilinéarité, dans une tradition où l'appartenance au peuple se transmet précisément par la mère. Nommer un homme « Rivkes », c'était inscrire dans son identité même la présence d'une femme fondatrice — écho lointain de la matriarche Rébecca, l'une des quatre imahot (mères) d'Israël.
La lignée doit sa notoriété à une figure documentée et majeure de l'histoire de la halakha : Moïse ben Naphtali Hirsch Rivkes (Moses Rivkes), rabbin de Vilna au XVIIᵉ siècle, auteur du célèbre commentaire Be'er ha-Golah (« Le Puits de l'Exil ») sur le Choulhan Aroukh. Son œuvre, son destin d'exilé et sa piété font de lui le sommet et le socle de cette notice. Autour de lui, l'histoire de la famille Rivkes s'éclaire par le contexte de la grande communauté lituanienne, par les épreuves des guerres du milieu du XVIIᵉ siècle, et par la solidarité des diasporas qui, d'Amsterdam à Vilna, se portèrent secours. Ce livre s'attache à distinguer, section par section, ce qui relève de l'archive établie, de la tradition transmise, et de leur rencontre.
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