Ugrás a tartalomra
Zakhor
vers 1172 · Du Caire au Yémen

L'épître au Yémen

Une communauté prise entre une conversion forcée et un homme qui se dit le messie écrit au Caire. La réponse tient l'équilibre entre consoler et refuser de mentir.

MegállapítottMaïmonideYémenMessianismeConversion forcée

Vers 1165, 'Abd al-Nabî ibn Mahdî, maître de la plus grande partie du Yémen, impose aux Juifs du pays la conversion à l'islam. La communauté se disloque.

Deux autres pressions s'y ajoutent au même moment : un converti mène campagne pour rallier ses anciens coreligionnaires à sa nouvelle foi, et un homme du pays se proclame messie, promettant la délivrance immédiate.

Jacob ben Nathanaël al-Fayyoumî, à la tête de la communauté, écrit à Moïse Maïmonide, alors installé en Égypte. Ce que Maïmonide lui répond est connu sous le nom d'Épître au Yémen.

Trois questions dans une seule lettre

La lettre du Yémen posait en réalité trois problèmes distincts, et c'est ce qui rend la réponse difficile.

Que faire face à une conversion imposée par la force ? Que répondre à un polémiste qui soutient que l'islam accomplit les Écritures ? Et que penser de celui qui, ici même, se dit le messie ?

Une seule de ces questions est doctrinale. Les deux autres sont des questions de survie, posées par des gens qui ont peur.

Consoler sans mentir

Maïmonide encourage, et son texte est écrit pour être lu à voix haute devant une communauté effrayée. Il inscrit l'épreuve dans une longue série d'épreuves, et affirme que la persécution ne prouve rien contre la vérité de la Loi.

Mais il ne cède pas sur le messie. Sa conception de l'âge messianique est délibérément sobre : ce n'est pas un bouleversement de l'ordre du monde, c'est une période de paix et de rassemblement des exilés, qui rendra possible l'étude de la Torah — rien de plus.

Il compte la venue du messie parmi les articles de la foi, et il la restitue dans son code de droit. Il refuse en même temps d'y voir ce que l'homme du Yémen promettait. Tenir les deux à la fois, devant des gens qui auraient préféré qu'on leur promette la délivrance pour demain, est le vrai travail de cette lettre.

Ce qu'il ne condamne pas

Un point mérite d'être relevé, parce qu'il est souvent tu. Face à une conversion imposée sous peine de mort, Maïmonide n'exige pas le martyre.

Il avait déjà traité la question ailleurs, dans une lettre sur l'apostasie forcée : prononcer sous la contrainte une formule qu'on ne croit pas n'est pas renier, et l'on doit chercher à partir plutôt qu'à mourir.

C'est une position d'une grande sobriété pratique, prise par un homme dont la famille avait elle-même quitté al-Andalus sous une contrainte du même ordre.

Une lettre restée dans une communauté

L'Épître fut traduite en hébreu, recopiée, lue. Les Juifs du Yémen en ont gardé la mémoire pendant huit siècles, jusque dans la liturgie et dans la manière de nommer Maïmonide.

Ce lien-là ne s'est pas défait avec le temps. Il y a peu de cas où l'on peut suivre aussi nettement l'effet durable d'une seule lettre sur une seule communauté.