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Zakhor
1848 · Verceil, Piémont

Le Statut

Un roi de Piémont accorde une constitution sous la pression de 1848. Trois mois plus tard, les Juifs de ses États deviennent des citoyens — et l’Italie suivra, ville par ville.

MegállapítottPiémontÉmancipationRisorgimentoVerceil

Le 4 mars 1848, sous la pression révolutionnaire qui traverse l’Europe, Charles-Albert de Savoie octroie à ses États une constitution — le Statut albertin.

Une loi du 19 juin 1848 achève le mouvement pour les Juifs du royaume de Sardaigne : ils reçoivent l’égalité civile et politique.

Les ghettos du Piémont, dont celui de Verceil, cessent d’exister.

Ce que le Piémont était avant

Le royaume de Sardaigne appliquait aux Juifs le régime italien ordinaire : quartier obligatoire, signe distinctif, métiers interdits, quotas.

Verceil avait sa communauté et son ghetto, comme Turin, Casale Monferrato, Asti, Alexandrie.

Ce qui distingue le Piémont, c’est ce qui vient après : c’est de ce petit royaume que va sortir l’unité italienne, et son droit va s’étendre à toute la péninsule.

L’émancipation par conquête

À mesure que le Piémont annexe — la Lombardie en 1859, l’Italie centrale et le Sud en 1860, la Vénétie en 1866 —, le Statut albertin s’applique, et les ghettos tombent.

Le dernier est celui de Rome, ouvert en 1870 avec la fin des États pontificaux.

L’émancipation italienne n’a donc pas été décidée pays par pays : elle s’est propagée avec une armée, en vingt-deux ans.

Ce que les Juifs italiens en ont fait

Leur attachement au Risorgimento fut immédiat et profond, et pour une raison simple : l’unité italienne était littéralement ce qui les avait libérés.

L’Italie unifiée aura des ministres, des généraux et un président du Conseil juifs — Luigi Luzzatti en 1910 — à une époque où c’était impensable ailleurs en Europe.

À Verceil même, un périodique en italien, l’Educatore Israelita, est fondé en 1853 par Giuseppe Levi et Esdra Pontremoli : une communauté à peine émancipée se dote aussitôt d’une presse.

Ce que 1938 a défait

Les lois raciales fascistes de 1938 retirent en quelques semaines ce que quatre-vingt-dix ans avaient donné — exclusion des écoles, de l’université, de l’administration, de l’armée.

Elles frappent une population qui s’était identifiée à l’État italien plus complètement peut-être qu’aucune autre en Europe, et dont beaucoup de membres étaient inscrits au parti fasciste.

C’est la même mécanique qu’en France avec l’abrogation du décret Crémieux deux ans plus tard : ce qu’un régime accorde, un autre le retire, et la citoyenneté ne protège que tant qu’elle tient.