Ugrás a tartalomra
Zakhor
5 août 1942 · Ghetto de Varsovie

Le cortège

On lui offre de se sauver. Il traverse le ghetto à pied avec cent quatre-vingt-douze enfants, un dans chaque bras, jusqu'au train.

MegállapítottKorczakVarsovieEnfanceShoah

Henryk Goldszmit, connu sous le nom de plume de Janusz Korczak, est pédiatre et écrivain. En 1911-1912 il prend la direction d'un orphelinat juif à Varsovie et l'organise selon ses principes : un parlement d'enfants, un tribunal où les éducateurs peuvent être jugés par les pensionnaires, un journal rédigé par eux.

Sa thèse tient en une idée simple et alors peu partagée : l'enfant n'est pas un adulte en préparation, c'est une personne aujourd'hui, avec des droits aujourd'hui.

L'orphelinat dans le ghetto

En 1940, avec les 350 000 Juifs de Varsovie, il est enfermé dans le ghetto. L'orphelinat déménage avec lui, rue Chłodna d'abord, puis rue Sienna.

Il continue d'y appliquer sa méthode dans des conditions qui la rendent absurde : il tient le journal, organise les repas, monte une pièce de théâtre avec les enfants quelques semaines avant la fin.

Ses amis polonais du côté aryen lui proposent à plusieurs reprises des faux papiers et une cachette. Il refuse chaque fois.

5 août 1942

En août 1942, pendant la Grande Déportation, les Allemands vident les orphelinats l'un après l'autre.

Le 5 août, Korczak, cent quatre-vingt-douze enfants et dix membres du personnel quittent le bâtiment et traversent le ghetto jusqu'à l'Umschlagplatz, la place d'embarquement.

On lui offre encore, ce matin-là, de rester. Il marche avec les enfants, un enfant à chaque main et un dans chaque bras. Ils sont déportés le 5 ou le 6 août vers Treblinka, et assassinés à l'arrivée.

Se méfier de l'image

La scène est devenue une icône : le cortège en rang, la bannière verte, la dignité. Plusieurs de ces détails viennent de témoignages tardifs ou de reconstitutions littéraires, et les historiens ne les tiennent pas tous pour établis.

Ce qui est certain est plus dépouillé, et suffit : on lui a proposé de se sauver, il ne l'a pas fait, et il est parti avec eux.

Il faut aussi résister à la lecture héroïque qui consolerait. Korczak n'a sauvé personne. Il a refusé que des enfants meurent sans quelqu'un qui les accompagne — ce qui est autre chose, et ce qui était la seule chose encore possible.

Ce qui est resté de lui

Son Journal du ghetto, rédigé jusqu'aux derniers jours, a survécu, caché puis retrouvé. On y lit un homme épuisé qui note des détails d'intendance, des souvenirs d'enfance, et l'état des enfants.

Ses idées ont eu une postérité qu'il n'a pas connue : la Pologne a porté le projet de la Convention internationale des droits de l'enfant, adoptée par les Nations unies en 1989, en se réclamant explicitement de lui.

Il n'y a pas de tombe. À Treblinka, une pierre parmi les autres porte un nom — le seul du site — : Janusz Korczak et les enfants.