Ugrás a tartalomra
Zakhor
38 – 41 · Alexandrie, Rome

L’ambassade

Un philosophe de soixante ans traverse la Méditerranée pour expliquer à un empereur pourquoi les siens ne peuvent pas l’adorer. L’empereur visite ses villas pendant qu’il parle.

MegállapítottPhilonAlexandrieRomeAmbassade

Alexandrie compte la plus grande communauté juive du monde antique après la Judée. Elle est grecque de langue et de culture, et elle lit la Bible dans la traduction des Septante.

En 38, sous le préfet Flaccus, un pogrom éclate. Les maisons sont pillées, les Juifs refoulés dans un quartier, des notables fouettés en public.

Flaccus fait en outre placer des statues de l’empereur dans les synagogues — provocation sans précédent, et prétexte à les détruire.

Le voyage

Une délégation part pour Rome plaider la cause de la communauté devant Caligula. Elle est conduite par Philon, philosophe et notable, alors âgé d’environ soixante ans ; y figurent son frère Alexandre et son neveu Tiberius Julius Alexander.

L’audience a lieu en 39 ou 40. Une délégation grecque plaide en face.

Philon a raconté tout cela dans deux ouvrages, Contre Flaccus et L’Ambassade à Caius. Le récit est si détaillé qu’il ne peut venir que de quelqu’un qui y était.

L’audience

Caligula reçoit les ambassadeurs en se promenant dans ses jardins, occupé à inspecter des travaux, donnant des ordres aux ouvriers, entrant et sortant des pièces.

Il pose une question : pourquoi ne sacrifiez-vous pas pour moi ? Ils répondent qu’ils ont sacrifié pour lui, trois fois. Il rétorque : pour moi, pas à moi.

L’audience se termine sans décision. Philon rapporte que l’empereur les a jugés moins criminels que fous, de ne pas croire à sa divinité.

Ce qui se jouait vraiment

En 40, Caligula ordonne d’ériger sa statue dans le Temple de Jérusalem. Le légat de Syrie, Pétrone, temporise, conscient que l’exécution de cet ordre déclencherait la guerre.

L’assassinat de Caligula en janvier 41 met fin au projet. Ce n’est donc ni la diplomatie ni la raison qui l’a écarté : c’est un poignard romain.

Trente ans plus tard, la guerre a lieu quand même, pour d’autres motifs.

Ce que Philon a laissé

Une œuvre immense qui lit la Torah avec les outils de la philosophie grecque — allégorie, logos, providence. Le judaïsme rabbinique ne l’a pas conservée ; ce sont les chrétiens qui l’ont copiée et transmise.

Il faudra attendre la Renaissance pour que des Juifs le relisent, dans des manuscrits sauvés par d’autres qu’eux.

Le plus grand penseur juif de langue grecque a survécu parce que l’Église en avait l’usage. C’est le cas le plus net de transmission par un tiers dans toute cette histoire.