Ugrás a tartalomra
Zakhor
1609 – 1909 · Prague

Prague, ou la fabrique d'une légende

Le Maharal meurt en 1609 sans golem. Il faudra deux siècles, un roman allemand et un faux manuscrit pour lui en donner un.

ÁtadottPragueMaharalGolemFabrique de la légende

Judah Loew ben Bezalel, le Maharal, meurt à Prague en 1609. C'est un auteur considérable — un philosophe, un pédagogue, un commentateur dont l'œuvre remplit des rayons. Nulle part dans ses livres, ni sous la plume d'aucun de ses contemporains, il n'est question d'un golem.

Le lien apparaît plus de deux siècles après sa mort. En 1837, un roman allemand — le Spinoza de Berthold Auerbach — attache pour la première fois par écrit la créature d'argile au rabbin de Prague. Puis, en 1909, un rabbin de Varsovie, Yudl Rosenberg, publie les Merveilles du Maharal, qu'il présente comme un manuscrit du gendre du maître retrouvé dans une bibliothèque de Metz. Le manuscrit n'a jamais existé.

Le livre fut un triomphe et fixa tout : le golem protecteur, le serviteur de glaise dressé contre l'accusation de meurtre rituel, la formule inscrite sur son front. De là il est passé au cinéma, aux vitrines de Prague, et jusque dans la mémoire de familles qui croyaient tenir cela de leurs grands-parents.

Zakhor n'écrit pas « faux » : il écrit « transmis ». La question intéressante n'est pas de savoir si le golem a existé, mais pourquoi, trois cents ans après le Maharal, une communauté a eu besoin de se donner un défenseur d'argile — et à quelle date exactement ce besoin s'est fait sentir.