Ugrás a tartalomra
Zakhor
28 mars – 1ᵉʳ avril 1871 · Odessa

Quatre jours de Pâques

Une rixe de semaine sainte comme il y en avait eu vingt. Cette fois les Russes rejoignent les Grecs, et la police ne sait plus quoi faire.

MegállapítottOdessaPogromBasculePolice

Odessa est au XIXᵉ siècle la ville la plus cosmopolite de l’Empire russe : Grecs, Italiens, Russes, Juifs, port franc, commerce du blé.

Les frictions entre Juifs et Grecs pendant la semaine sainte orthodoxe y étaient une tradition — on se battait, la police séparait, cela s’arrêtait là.

En 1871, cela ne s’arrête pas.

Ce qui change

Le désordre éclate le 28 mars, apparemment sur une altercation mineure dont les circonstances restent obscures, avec la rumeur que des Juifs auraient endommagé une église grecque.

Il dure jusqu’au 1ᵉʳ avril.

Ce qui est neuf, c’est que des Russes rejoignent les Grecs. Les bagarres se réprimaient facilement ; l’entrée des Russes dans la mêlée complique la procédure de police, note un rapport.

Ce que « complique la procédure » veut dire

Séparer des Grecs et des Juifs est une affaire d’ordre public. Charger une foule russe est une affaire politique.

Le bilan : au moins vingt-cinq morts et des centaines de blessés. Les autorités locales laissent faire par une intervention militaire tardive, malgré des ordres impériaux interdisant aux troupes de se joindre aux émeutes.

C’est le mécanisme qu’on retrouvera dix ans plus tard, en 1881, à une tout autre échelle : ce n’est pas l’État qui organise, c’est l’État qui tarde.

La bascule

Après 1871, la conduite des violences anti-juives passe du côté des populations slaves et des mouvements organisés de droite.

L’affaire cesse d’être un conflit entre deux minorités marchandes pour devenir un rapport entre la majorité et une minorité.

Odessa connaîtra d’autres pogroms — 1881, 1900, et surtout 1905, de très loin le plus meurtrier.

Ce que 1871 a produit chez les intéressés

Odessa était la capitale de la Haskala russe : on y croyait que l’instruction, la langue russe et le commerce dissoudraient l’hostilité.

Une génération d’intellectuels juifs russes commence à en douter à partir de là — Moshe Leib Lilienblum, qui vivait à Odessa, en a laissé le récit.

Dix ans plus tard, les pogroms de 1881 achèvent la démonstration, et Pinsker — médecin d’Odessa — publie Autoemancipation!. Ce qui s’est décidé en 1882 s’était fissuré en 1871.