Ugrás a tartalomra
Zakhor
1897 – 1934 · New York

Le mécène

Un banquier né à Mannheim renfloue le Metropolitan Opera, fait venir Stanislavski et Nijinski, et n’est jamais admis dans les clubs de ceux qu’il finance.

MegállapítottOtto KahnMécénatAmériqueExclusion

Otto Hermann Kahn naît le 21 février 1867 à Mannheim, dans le grand-duché de Bade, d’une famille juive aisée. Il passe par Londres, puis gagne New York.

Il entre en 1897 chez Kuhn, Loeb & Co., la grande banque d’affaires juive américaine, où il restera trente-sept ans. Il y réorganise et consolide des compagnies de chemin de fer — le secteur le plus capitalistique de l’époque.

L’Opéra

Il préside le Metropolitan Opera de 1918 à 1931, après en avoir été le principal soutien financier depuis des années.

Il le sauve de la faillite, le renfloue de sa fortune, et s’en sert pour faire venir en Amérique ce qui se faisait de neuf ailleurs : Stanislavski et le Théâtre d’art de Moscou, Nijinski et les Ballets russes, les Abbey Players de Dublin.

Il finance aussi, à titre personnel, des artistes, des écrivains et des cinéastes — dont Hart Crane, George Gershwin et Sergueï Eisenstein.

Ce qu’il n’a pas obtenu

L’élite protestante de New York recevait son argent et lui fermait ses clubs.

Kahn se convertit à l’épiscopalianisme et fit bâtir sur Long Island l’une des plus vastes demeures privées d’Amérique. Cela ne changea pas grand-chose : il resta, dans ce milieu, le banquier juif qui payait.

L’anecdote qu’on rapporte à son sujet — un club qui refuse sa candidature en même temps qu’il accepte son chèque — est de celles que l’on cite sans toujours pouvoir les sourcer. Le fait général, lui, est solidement documenté : les clubs, les écoles et les stations balnéaires de l’élite américaine étaient fermés aux Juifs, quelle que soit leur fortune.

Ce que le mécénat servait

Il faut se garder de réduire son action à une stratégie sociale. Kahn était un connaisseur réel, qui lisait, écoutait et prenait des risques artistiques que les conseils d’administration refusaient.

Mais le mécénat était aussi, pour la grande bourgeoisie juive américaine — les Schiff, les Warburg, les Guggenheim, les Lehman —, le seul terrain où l’on pouvait devenir indispensable à une société qui ne vous admettait pas chez elle.

Les musées, les orchestres, les universités et les bibliothèques américaines portent aujourd’hui les traces de cette génération.

1934

Il meurt en mars 1934, à New York, à soixante-sept ans, quelques mois après l’arrivée d’Hitler au pouvoir dans le pays où il était né.

Sa demeure de Long Island est aujourd’hui un établissement scolaire. Le Metropolitan Opera existe toujours.

Un homme qui avait acheté tout ce qui s’achète, et à qui l’on refusait ce qui ne s’achetait pas.