La communauté juive de Glasgow, apparue au début du XIXᵉ siècle, compte environ mille personnes dans les années 1870. Elle a occupé successivement plusieurs locaux de fortune.
En 1875, elle décide de bâtir. Le premier office se tient le 9 septembre 1879 dans la synagogue de Garnethill, à l’angle de Garnet Street et de Hill Street ; les travaux s’achèvent en 1881.
Bâtir plutôt que convertir
C’est la première synagogue d’Écosse construite pour cet usage, et non installée dans une ancienne église ou un immeuble reconverti.
La distinction n’est pas technique. Construire suppose des moyens, une intention de durer, et l’acceptation d’être visible dans le paysage d’une ville.
Le bâtiment, dû à John McLeod et à Nathan Solomon Joseph, est un exemple de haut style victorien — on le décrit comme le plus bel exemple d’architecture synagogale au nord de Liverpool.
Ce que les fondateurs n’ont pas prévu
Garnethill était le quartier d’une communauté installée, aisée, largement anglicisée, qui montait sur la colline avec la bourgeoisie de la ville.
À partir de 1881, les pogroms de l’Empire russe précipitent en Écosse des milliers de Juifs de Lituanie, pauvres, yiddishophones, très pratiquants. Ils s’établissent dans les Gorbals, sur l’autre rive de la Clyde — un quartier ouvrier surpeuplé.
En vingt ans, la communauté quintuple. Elle vit désormais à deux kilomètres de sa synagogue neuve, et n’y monte pas.
Deux communautés dans une ville
Les Gorbals se dotent de leurs propres synagogues — une dizaine —, de leurs boutiques, de leurs écoles, de leur presse en yiddish.
Les rapports avec Garnethill sont ceux qu’on observe partout à la même époque, de Londres à New York : les installés redoutent que les nouveaux venus ne compromettent leur position, et financent en même temps leur intégration.
C’est la même tension qu’à Cochin ou à Charleston, sous une autre forme : ce qui divise n’est pas la doctrine, c’est la date d’arrivée.
Ce qu’il en reste
Les Gorbals ont été rasés dans les années 1960 par la rénovation urbaine, et leurs synagogues avec eux. La communauté s’est déplacée vers le sud de la ville.
Garnethill, classée, est aujourd’hui la seule congrégation active du centre de Glasgow. Elle abrite le Scottish Jewish Heritage Centre.
Le bâtiment que la communauté ancienne avait construit pour elle a survécu à tous les quartiers qui l’ont suivie.