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Zakhor
1494 – 1495 · Cracovie et Kazimierz

Un incendie, un décret

Un feu ravage Cracovie en 1494. L’année suivante, les Juifs sont mis hors les murs — et fondent à côté la ville juive la plus importante de Pologne.

MegállapítottPologneCracovieKazimierzExpulsion

Dans la nuit du 29 au 30 avril 1494, un incendie ravage une partie de Cracovie, dont le quartier juif et l’église de l’université.

L’accusation vient aussitôt : ce sont eux. Sous la pression des bourgeois chrétiens, le roi Jean Ier Albert bannit l’année suivante les Juifs de la vieille ville.

Un bannissement de deux kilomètres

Ils ne sont pas chassés du royaume : ils sont déplacés. Le roi les installe à Kazimierz, ville distincte fondée au XIVᵉ siècle, elle-même durement touchée par le feu, dans le quartier de Bawół.

Il leur accorde le droit d’y constituer leur propre ville : l’Oppidum Iudeorum, la Ville juive, avec ses murs, ses institutions et son autonomie.

Un décret d’expulsion se change ainsi en charte de fondation. C’est rare, et cela tient à ce que la Pologne jagellonne avait alors intérêt à garder ses Juifs quelque part.

Ce que le déplacement a produit

Kazimierz passe de douze cents habitants juifs vers 1500 à plus de quatre mille cinq cents en 1635.

Elle devient l’un des grands centres du judaïsme polonais : la synagogue Vieille-Nouvelle, la synagogue Rema où enseigne Moïse Isserlès — celui-là même dont les gloses sur le Choulhan Aroukh feront que la Pologne pourra suivre un code écrit à Safed.

Le quartier assigné est devenu le centre. C’est arrivé ailleurs — le Judengasse de Francfort, le ghetto de Venise —, mais rarement à cette échelle.

Ce qu’il faut ne pas oublier

Une ville juive prospère née d’un bannissement reste née d’un bannissement, prononcé sur une accusation d’incendie que rien n’établissait.

La reconnaissance juridique et l’autonomie interne ne compensent pas la relégation : elles en sont la forme.

L’histoire juive d’Europe centrale se lit très souvent ainsi — un privilège octroyé est le nom qu’on donne à une exclusion réussie.

Après

Kazimierz est rattachée administrativement à Cracovie en 1800. Les murs tombent, la ville juive cesse d’être une ville.

En mars 1941, l’occupant allemand crée le ghetto de Cracovie non pas à Kazimierz mais de l’autre côté de la Vistule, à Podgórze, et y transfère les Juifs. Le quartier historique est vidé.

Il reste sept synagogues et un cimetière. C’est l’un des rares ensembles juifs d’Europe centrale à avoir traversé le siècle sans être rasé.