Ugrás a tartalomra
Zakhor
vers 135 · Judée et Césarée

Le mot « un »

Il avait quarante ans et gardait les troupeaux quand il a commencé à apprendre. Les Romains l'écorchent au moment de la prière, et il fait durer un seul mot.

ÁtadottRabbi AkivaBar KokhbaMartyreÉtude

Akiva ben Yossef naît vers 40 de notre ère. Selon la tradition, il est berger au service d'un riche Jérusalémite, Kalba Savoua, et illettré jusqu'à quarante ans passés.

Il épouse la fille de son maître, Rachel, qui est déshéritée pour ce mariage et qui l'envoie étudier. Il revient, dit-on, après des années, entouré de milliers de disciples.

Il devient le maître le plus considérable de sa génération, et l'un des architectes du droit rabbinique : c'est en grande partie son école qui a fourni la matière de la Mishna.

Le pari de 132

Quand Bar Kokhba soulève la Judée contre Rome en 132, Akiva le reconnaît comme messie. La tradition lui attribue le surnom même du chef — Bar Kokhba, fils de l'étoile —, allusion à un verset des Nombres.

Il faut mesurer ce que cela engage. L'autorité rabbinique la plus haute de son temps met son poids derrière une insurrection armée et lui donne une signification messianique.

D'autres maîtres s'y opposent. Le Talmud conserve la réplique de Yohanan ben Torta : « Akiva, l'herbe poussera sur tes joues et le fils de David ne sera toujours pas venu. »

La défaite

La révolte est écrasée en 135. Les pertes sont énormes, la Judée dévastée, Jérusalem refondée en colonie romaine sous le nom d'Aelia Capitolina, et l'accès en est interdit aux Juifs.

Hadrien interdit la pratique et l'enseignement du judaïsme. Akiva continue d'enseigner en public. Il est arrêté et exécuté — les sources juives rapportent qu'on lui déchira la peau avec des peignes de fer.

Il fait partie de ce que la liturgie appelle les dix martyrs, dont la mémoire est lue à Kippour et le 9 av.

Le mot qu'il fait durer

Le récit de sa mort est l'un des plus connus de la littérature rabbinique. On l'exécute à l'heure de la récitation du Chema, et il la récite.

Ses disciples lui demandent : jusque-là ? Il répond qu'il s'est demandé toute sa vie quand il pourrait accomplir le verset « de toute ton âme » — c'est-à-dire même si l'on te prend ton âme — et que l'occasion est venue.

Il fait durer le dernier mot du verset, ehad, « un », jusqu'à ce que son souffle s'arrête.

Ce qu'on ne peut pas séparer

On raconte volontiers Akiva par ses commencements — le berger de quarante ans qui apprend à lire — et par sa fin. On passe plus vite sur le milieu : il a soutenu une insurrection qui a coûté à la Judée sa population et son nom.

Ce sont pourtant les trois parties d'une même vie, et la tradition ne les sépare pas. Elle a gardé la reconnaissance de Bar Kokhba comme elle a gardé la réplique de celui qui la moquait.

C'est peut-être la leçon la plus utile de ce dossier : la tradition qui l'a canonisé a conservé, dans le même texte, la preuve qu'il s'était trompé.