Ugrás a tartalomra
Zakhor
25 juin 1947 · Amsterdam

Trois mille trente-six exemplaires

Un père publie le journal de sa fille en petit tirage, dans une collection d’essais. Il en a coupé des pages.

MegállapítottAnne FrankÉditionPèreTransmission

Le 4 août 1944, la police allemande arrête les huit clandestins de l’annexe du 263 Prinsengracht.

Miep Gies, l’une des personnes qui les avaient cachés, retrouve dans la pièce vidée les cahiers et les feuillets d’Anne Frank, et les met de côté sans les lire.

Otto Frank est le seul des huit à revenir. Miep Gies lui remet les papiers.

Ce qu’il en fait

Il compose le texte à partir de deux versions : le journal tenu au jour le jour, et la réécriture qu’Anne avait entreprise elle-même, en 1944, après avoir entendu à la radio de Londres un ministre annoncer qu’on rassemblerait après la guerre les témoignages de l’occupation.

Elle avait donc commencé à préparer un livre, et lui avait même donné un titre : Het Achterhuis, l’Annexe.

Otto retire des passages — sur la sexualité naissante de sa fille, sur les tensions avec sa mère, sur les autres clandestins. Ces coupes ont été rétablies dans les éditions critiques depuis 1986.

La publication

Plusieurs éditeurs refusent. Le livre paraît finalement le 25 juin 1947 chez Contact, à Amsterdam, dans une collection d’essais nommée Proloog.

Le tirage est de trois mille trente-six exemplaires.

Une deuxième édition suit en décembre 1947, à six mille huit cent trente ; une troisième en février 1948, à dix mille cinq cents.

Ce que ce chiffre dit

Trois mille exemplaires, en 1947, pour ce qui allait devenir le livre le plus lu sur cette période.

L’Europe de 1947 ne voulait pas lire cela. Les rescapés se taisaient, les pays occupés se racontaient en résistants, et le mot Shoah n’existait pas encore dans cet usage.

Il faudra les traductions du début des années 1950, puis la pièce et le film américains, pour que le livre devienne ce qu’il est.

Ce que le succès a coûté au texte

L’adaptation américaine a universalisé le propos et gommé ce qui y était juif — jusqu’à la phrase la plus citée, sur la bonté fondamentale des hommes, arrachée à son contexte et à une jeune fille assassinée à Bergen-Belsen quelques mois après l’avoir écrite.

Le journal n’est pas un message d’espoir. C’est le texte d’une adolescente qui écrit très bien, qui s’ennuie, qui se dispute, qui a peur, et qui voulait devenir écrivain.

C’est ce qu’elle est devenue, dans les conditions exactes qu’elle n’avait pas prévues.