Le 27 juillet 1656 — le 6 Av 5416 —, dans la congrégation Talmud Torah de la Nation portugaise d'Amsterdam, le conseil des anciens fit lire un herem contre Baruch de Spinoza. Il avait vingt-trois ans.
Le texte est conservé en portugais dans le registre de la communauté. Il maudit longuement — au lever et au coucher, au départ et au retour —, interdit de l'approcher à moins de quatre coudées, de lire ce qu'il écrirait. Et il n'explique presque rien : « horribles hérésies », « actes monstrueux », sans un article de doctrine. À cette date, Spinoza n'avait rien publié.
La communauté avait ses raisons d'être prudente. Ces familles étaient des rescapées de l'Inquisition, revenues au judaïsme dans une république calviniste qui les tolérait sans les naturaliser ; leur discipline interne était le prix de leur paix. Le ban le plus dur de tout leur registre frappa leur enfant le plus doué.
L'archive garde ce qui a été fait, rarement pourquoi. La même page se lit aujourd'hui comme un acte d'autorité et comme une blessure, et ni l'une ni l'autre lecture ne peut invoquer un motif écrit.