Ugrás a tartalomra
Zakhor
1140 – 1141 · D'Espagne à Alexandrie

Le départ

Le plus grand poète hébreu d'Espagne quitte tout pour la Terre sainte à soixante-cinq ans. On sait par des lettres du Caire qu'il est arrivé — et à peu près rien de plus.

ValószínűJuda HaléviAl-AndalusPèlerinagePoésie

Juda Halévi, né vers 1075 en Espagne, est le poète le plus célèbre de son temps — auteur de centaines de poèmes profanes et liturgiques, dont certains sont encore chantés, et du Kuzari, dialogue philosophique où un roi khazar interroge un savant juif.

Médecin, à l'aise, entouré, il décide vers la fin de sa vie de tout quitter pour la terre d'Israël. Il part avec un jeune compagnon, traverse la Méditerranée, et arrive en Égypte.

Huit mois qu'on suit presque jour par jour

Il séjourne en Égypte de septembre 1140 à mai 1141 environ — huit mois, accueilli par les notables des communautés d'Alexandrie et du Caire, qui font tout pour le retenir.

On connaît ces mois avec une précision rare, et pour une raison précise : ses hôtes s'écrivaient, et leurs lettres sont tombées dans la gueniza du Caire. On y suit les invitations, les honneurs, l'insistance des uns et la résolution de l'autre.

En mai 1141, il s'embarque au port d'Alexandrie pour la terre d'Israël.

Ce que les lettres ne disent pas

Après l'embarquement, le dossier se ferme. Les documents de la gueniza déchiffrés jusqu'ici ne disent rien de ce qui lui est arrivé au terme du voyage.

On en déduit qu'il est mort à l'été 1141, environ deux mois après son départ d'Alexandrie. C'est une inférence solide, et ce n'est qu'une inférence — d'où le registre du probable.

Une légende bien plus tardive le fait mourir aux portes de Jérusalem, piétiné par un cavalier arabe au moment où il récite son élégie sur Sion. Aucune source contemporaine ne la porte. Elle est belle et elle est postérieure ; c'est tout ce qu'on peut en dire.

Un livre écrit juste avant de partir

La recherche récente a resserré la datation du Kuzari : il aurait été composé dans les quelques années qui précèdent le départ de 1140, et non lentement sur des décennies comme on le croyait.

Cette révision s'appuie sur une nouvelle datation des lettres de la gueniza qui documentent sa rencontre avec Halfon ben Nethanel, marchand et lettré — dont une où Halévi évoque brièvement, et de façon énigmatique, les circonstances de la rédaction.

Si elle tient, le livre et le voyage sont un même geste. Le Kuzari soutient que la terre d'Israël est le lieu propre de la prophétie ; l'auteur y est allé.

Ce que ce départ a coûté

Il faut mesurer ce qu'il quittait. L'Espagne juive du XIIᵉ siècle est un sommet — poésie, philosophie, médecine, positions à la cour. Halévi y avait tout.

Ses poèmes de Sion disent l'écart entre cette réussite et ce qu'il tenait pour l'essentiel : « Mon cœur est en Orient et je suis au bout de l'Occident. » La phrase est passée en proverbe.

Il n'en a pas fait une théorie du départ pour tous. Il est parti, et un compagnon a fait le voyage avec lui. Le reste est dans des lettres que personne n'écrivait pour nous.