קינות.
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Közzétéve: 2026. június 19.

קריאת איכה בשער המשגיח
גיברס · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

קינות
אליש קלרמן · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

קינות בט' באב
Bentazar88 · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

אמירת קינות בט' באב
Bentazar88 · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
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<a href="https://zakhor.ai/hu/grands-livres/textes/manuscrit-9c52a8">קינות. — Zakhor</a>Citation
קינות. — Zakhor, https://zakhor.ai/hu/grands-livres/textes/manuscrit-9c52a8Le mot hébreu קינות (qinot, singulier qinah) désigne un genre poétique et liturgique : l'élégie funèbre, le chant de deuil. Dans la tradition juive, ce terme en est venu à nommer un corpus précis : l'ensemble des poèmes de lamentation récités le 9 du mois d'Av (Tisha be-Av), jour de jeûne et de deuil qui commémore la destruction des deux Temples de Jérusalem ainsi que les catastrophes ultérieures du peuple juif. Le terme désigne aussi bien le genre littéraire que le recueil — souvent un livret distinct du siddur ordinaire — que l'on emploie ce jour-là.
Selon les usages contemporains, au lieu du siddur ordinaire on utilise un livre de prières spécial pour Tisha be-Av, le Kinot (Élégies), qui contient les offices (Maariv, Shaharit et Minha), le texte des Lamentations, une sélection d'élégies additionnelles et les lectures scripturaires du jour. Ce livret fixe ainsi, autour du noyau biblique, une stratification de plusieurs siècles de création poétique.
Le présent ouvrage retrace l'histoire de ce corpus : depuis sa racine biblique dans le livre des Lamentations (Eikha), à travers l'épanouissement de la poésie liturgique (piyyut) durant l'Antiquité tardive et le Moyen Âge, jusqu'aux élégies nées des persécutions médiévales et modernes. Il s'agit d'un objet à la fois littéraire, liturgique et historique, dans lequel la mémoire collective du peuple juif s'est sédimentée sous forme de chant.
À l'origine du genre se trouve le livre biblique des Lamentations, Eikha en hébreu, d'après son premier mot (« Comment ! »). Ce livre, qui pleure la destruction de Jérusalem et du Premier Temple par les Babyloniens en 586 avant l'ère commune, constitue la matrice formelle et thématique de toutes les élégies postérieures. La tradition rabbinique en attribue la rédaction au prophète Jérémie, témoin de la catastrophe ; la recherche moderne tend à y voir une composition collective ou anonyme, datée des décennies qui suivirent la chute de la ville [Encyclopaedia Judaica, art. « Lamentations »].
Le livre se compose de cinq poèmes, dont quatre sont des acrostiches alphabétiques — procédé formel que les payyetanim médiévaux reprendront systématiquement dans leurs propres qinot. La lecture publique d'Eikha lors de l'office du soir de Tisha be-Av est le cœur de la liturgie du jour. La liturgie du 9 d'Av comprend les Lamentations et des élégies additionnelles spéciales. C'est à partir de cette structure — deuil ritualisé, acrostiche, évocation du Temple détruit — que se déploie l'ensemble du corpus des qinot [Encyclopaedia Judaica, art. « Kinah »].
La désignation de Tisha be-Av comme jour de deuil national, fixée par la tradition tannaïtique (Mishna, traité Taanit 4, 6), donna un cadre liturgique stable qui appela peu à peu une production poétique abondante pour accompagner et amplifier le texte biblique.
L'Antiquité tardive, en terre d'Israël (entre le IVe et le VIIIe siècle), voit l'essor du piyyut, la poésie liturgique hébraïque destinée à enrichir les offices. C'est dans ce cadre que naissent les premières qinot proprement dites, conçues pour être insérées dans la liturgie de Tisha be-Av après la lecture des Lamentations.
La figure dominante de cette période est le poète Eléazar ben Qalir (Elazar ha-Qalir), considéré comme le plus prolifique et le plus influent des anciens payyetanim. Les kinot les plus populaires ont été écrites par Elazar Hakallir, poète liturgique du VIIIe siècle. Ses élégies, d'une langue dense, allusive et chargée de références midrachiques, demeurent au cœur du rite ashkénaze jusqu'à aujourd'hui. Le Qalir y déploie un art savant de l'acrostiche, des refrains et des allusions bibliques et talmudiques, qui suppose chez l'auditeur une vaste culture scripturaire [Encyclopaedia Judaica, art. « Kalir, Eleazar »].
Le corpus des qinot de cette époque ne se limite pas à la destruction du Temple : il intègre déjà la mémoire d'autres deuils, notamment celle des dix martyrs (Asarah Harugei Malkhut), sages mis à mort par Rome, dont le récit fournit la matière de certaines des élégies les plus émouvantes du rite. Ainsi, dès l'origine, le genre tend à agréger les catastrophes successives sous le signe unique du 9 d'Av.
À partir du Xe siècle, la création de qinot se diversifie selon les grandes aires culturelles du judaïsme médiéval. Dans l'Espagne musulmane (Sefarad), l'âge d'or de la poésie hébraïque produit des élégies d'une grande perfection formelle, marquées par la métrique quantitative empruntée à la poésie arabe.
La figure majeure en est Yehouda ha-Lévi (Juda Halévi). Juda Halevi (1085-1145), philosophe espagnol également considéré comme le plus grand poète post-biblique, composa des « Chants de Sion » (Shirei Tziyon) dont le plus célèbre, Tziyon ha-lo tish'ali (« Sion, ne demanderas-tu pas ? »), fut intégré aux qinot et exprime une nostalgie déchirante de la Terre sainte. Salomon ibn Gabirol figure également parmi les poètes dont des compositions ont nourri le corpus [Encyclopaedia Judaica, art. « Judah Halevi » ; « Ibn Gabirol »].
Dans l'aire ashkénaze (Rhénanie et France septentrionale), la production élégiaque prend une coloration plus sombre, marquée par les persécutions. La plupart des kinot chantées après Eicha furent composées durant les temps difficiles des Croisades et de l'Inquisition espagnole. Ces œuvres, souvent rédigées par des rabbins et des poètes témoins directs des massacres, transforment le deuil du Temple antique en un deuil renouvelé des communautés contemporaines.
Les Croisades constituent un tournant dans l'histoire des qinot. Les massacres de 1096 dans les communautés de la vallée du Rhin (Spire, Worms, Mayence) suscitèrent une floraison d'élégies commémorant les martyrs (qedoshim) qui périrent ou se donnèrent la mort pour ne pas être convertis de force. Ces poèmes, ainsi que la prière Av ha-Rahamim (« Père de miséricorde »), s'intégrèrent à la liturgie ashkénaze de deuil [Encyclopaedia Judaica, art. « Av ha-Rahamim »].
Parmi ces élégies, certaines commémorent des événements précisément datés et localisés : ainsi la qinah sur le bûcher du Talmud à Paris en 1242, attribuée à Meïr de Rothenbourg, qui pleure la destruction par le feu de cargaisons de manuscrits sacrés. Ces poèmes établissent une intersection remarquable entre la mémoire liturgique et l'archive historique : la recherche moderne peut confronter les faits évoqués par les élégies aux chroniques contemporaines, hébraïques et latines, et confirmer la réalité des événements pleurés [Salo W. Baron, A Social and Religious History of the Jews].
L'expulsion d'Espagne en 1492 ajouta une nouvelle strate de deuil, certaines communautés composant des qinot spécifiques à cette catastrophe. Le genre démontre ainsi sa fonction propre : absorber dans une forme liturgique stable les traumatismes successifs, en les rattachant tous au paradigme fondateur de la destruction du Temple [Encyclopaedia Judaica, art. « Kinah »].
Avec l'invention de l'imprimerie hébraïque au XVe siècle puis sa diffusion, le corpus mouvant des qinot, jusque-là transmis par des manuscrits liturgiques (mahzorim) divers selon les rites locaux, se fixa progressivement dans des recueils imprimés. Chaque grand rite — ashkénaze (avec ses variantes polonaise et allemande), séfarade, italien, romaniote, yéménite — conserva sa propre sélection et son propre ordre d'élégies, témoignant de traditions communautaires distinctes [Encyclopaedia Judaica, art. « Liturgy »].
Le livret de Kinot, comme on l'a vu, se distingue du siddur ordinaire et constitue un objet liturgique autonome, distribué aux fidèles pour la journée de jeûne. La standardisation par l'imprimé n'effaça pas la diversité : on continue de distinguer, par exemple, le Kinot du rite polonais de celui du rite allemand, par le nombre et l'ordre des poèmes retenus.
Au XXe siècle, l'étude scientifique de ce corpus connut un essor décisif. Le philologue Daniel Goldschmidt établit des éditions critiques de référence des mahzorim et des qinot, comparant les manuscrits et les traditions textuelles pour reconstituer la genèse des poèmes et de leur agencement [D. Goldschmidt, Seder ha-Qinot le-Tisha be-Av]. Plus récemment, des éditions commentées bilingues ont rendu ce corpus accessible à un large public, en proposant traductions et annotations historiques destinées à éclairer des textes devenus largement opaques aux fidèles modernes.
Le corpus des qinot n'est pas figé. Sa logique d'accumulation — absorber chaque nouvelle catastrophe dans le cadre du deuil de Tisha be-Av — s'est poursuivie à l'époque contemporaine. Après la Shoah, plusieurs autorités rabbiniques composèrent ou autorisèrent des élégies nouvelles évoquant l'anéantissement des communautés juives d'Europe. Ainsi le rabbin Shimon Schwab et, surtout, des qinot récitées dans de nombreuses communautés, intègrent la mémoire de la destruction du judaïsme européen au cycle traditionnel du deuil [Encyclopaedia Judaica, art. « Kinah » ; Holocaust Kinnot].
Cette continuité illustre la fonction profonde du genre : il offre une matrice rituelle où chaque génération peut inscrire son propre deuil tout en l'inscrivant dans une chaîne mémorielle remontant à la destruction du Temple. L'intersection entre la tradition héritée et l'événement historique récent reste vive, même si l'opportunité d'ajouter de nouvelles élégies fait l'objet de débats halakhiques et liturgiques au sein des différents courants du judaïsme.
Sur le plan de l'usage, le Kinot demeure aujourd'hui un livre lu intensément une seule fois l'an. Sa récitation, le matin de Tisha be-Av, assis à même le sol ou sur des sièges bas selon les coutumes de deuil, prolonge sans interruption une pratique attestée depuis l'Antiquité tardive et continûment enrichie depuis.
Le corpus des קינות constitue l'une des plus longues chaînes de transmission poétique du judaïsme. Né de la matrice biblique des Lamentations, fixé liturgiquement autour du jeûne de Tisha be-Av, il s'est enrichi au fil des siècles des voix d'Eléazar ha-Qalir en terre d'Israël, de Yehouda ha-Lévi en Sefarad, des poètes-martyrs d'Ashkenaz pendant les Croisades, jusqu'aux élégies de la Shoah. Réuni dans un livre de prières distinct contenant les offices, le texte des Lamentations, une sélection d'élégies et les lectures scripturaires du jour, ce recueil est à la fois une œuvre littéraire d'une richesse considérable et un instrument de mémoire collective.
Son histoire révèle un mécanisme singulier : la capacité d'une forme liturgique à intégrer indéfiniment de nouvelles catastrophes en les rattachant à un deuil fondateur. Étudier les qinot, c'est donc lire en filigrane l'histoire des épreuves du peuple juif, mais aussi celle de sa résilience poétique et de sa fidélité à un rituel de mémoire bimillénaire.