יוסף סיטרוק
Régió: France
Történelem regiszter · letéteményes, nem tulajdonos
Közzétéve: 2026. június 19.
grand-rabbin de France

Place Joseph H Sitruk - Neuilly-sur-Seine (FR92) - 2023-07-01 - 1
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Le Grand Rabbin Sitruk-1999
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Place Joseph H Sitruk - Neuilly-sur-Seine (FR92) - 2023-07-01 - 2
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Plaque Place Joseph H Sitruk - Neuilly-sur-Seine (FR92) - 2023-07-01 - 2
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<a href="https://zakhor.ai/hu/grands-livres/figures/joseph-sitruk">Joseph Sitruk — Zakhor</a>Citation
Joseph Sitruk — Zakhor, https://zakhor.ai/hu/grands-livres/figures/joseph-sitrukPeu de figures auront incarné avec autant d'intensité les mutations du judaïsme français de la fin du XXe siècle que Joseph Haïm Sitruk. Joseph Haïm Sitruk, né Joseph Sitruk à Tunis le 16 octobre 1944 et mort à Paris le 25 septembre 2016, a été grand rabbin de France pendant trois mandats consécutifs, de juin 1987 à décembre 2008. Sa trajectoire — d'un foyer séfarade tunisien à la plus haute charge spirituelle du judaïsme de France — épouse celle d'une communauté profondément transformée par l'immigration des Juifs d'Afrique du Nord après les indépendances. Issu du judaïsme séfarade, il a été le guide spirituel de la première communauté juive d'Europe en membres pendant son rabbinat.
Cette introduction situe l'homme à la croisée de plusieurs héritages : la mémoire séfarade de la Méditerranée, la rigueur de l'orthodoxie, et l'insertion dans la République française dont il fut un acteur reconnu. Le présent ouvrage entend retracer, à partir de sources documentaires et de témoignages, le parcours d'un rabbin devenu une figure publique majeure, dont l'autorité morale dépassa largement le cercle confessionnel. Les pouvoirs publics eux-mêmes saluèrent en lui, à sa mort, non seulement un homme d'étude et de foi, un intellectuel érudit, un bâtisseur des œuvres de la communauté juive, mais aussi un acteur du dialogue avec toutes les religions, un défenseur des valeurs de la République et un combattant infatigable de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme. [Ministère de l'Intérieur, communiqué du 25 septembre 2016].
Joseph Sitruk vient au monde dans le creuset cosmopolite de la Tunisie de l'après-guerre. Né à Tunis en 1944, d'un père avocat et d'une mère professeur de gym, le Rav Sitruk revendiquait fièrement ses origines et affichait sa nostalgie de la cohabitation interreligieuse. Cet attachement aux origines, transmis comme un récit familial, devait nourrir tout au long de sa vie une sensibilité particulière au dialogue entre les communautés et à la coexistence des religions.
Comme tant de familles juives du Maghreb, le destin des Sitruk bascule avec l'émancipation politique des anciens protectorats. Comme tant d'autres, sa famille a émigré en France en 1958, avec l'indépendance de la Tunisie, et s'est installée à Nice. Ce déracinement, partagé par des centaines de milliers de Juifs séfarades, allait recomposer en profondeur la physionomie du judaïsme français, jusqu'alors majoritairement ashkénaze, et faire de la France le foyer de la plus grande communauté juive d'Europe.
C'est sur la Côte d'Azur que se nouent les fils de sa vocation. C'est là qu'il s'investit aux EI et rencontre sa future femme, Danielle Azoulay, à l'âge de 14 ans. Le mouvement des Éclaireurs israélites de France constitua pour le jeune homme un premier creuset d'engagement collectif et d'éveil religieux. Sous l'impulsion de cette jeune fille très pratiquante, il se rapproche peu à peu de la religion, et finit par se détourner de la carrière d'ingénieur — que son père envisageait pour lui —, pour embrasser des études rabbiniques. Le récit de cette conversion intérieure, transmis par les hommages qui lui furent rendus, dessine la figure d'un homme dont la foi fut un choix mûri plutôt qu'un héritage subi. Selon les notices biographiques, son union avec Danielle Azoulay fut célébrée en décembre 1965 et donna naissance à une famille nombreuse [Who's Who in France].
La vocation se mue en métier au terme d'un cursus exigeant. Formé à l'École rabbinique de Paris et passé par l'enseignement supérieur, Joseph Sitruk obtient ses diplômes au tournant des années 1960-1970. Rabbin diplômé en 1970 après ses études en école rabbinique, il est nommé rabbin de Strasbourg et aumônier de la jeunesse, avant de devenir l'adjoint du grand rabbin de Strasbourg, Max Warchawski. Strasbourg, capitale d'un judaïsme alsacien ancien et structuré, offrit au jeune rabbin un terrain d'apprentissage marqué par la rigueur et l'attachement aux institutions consistoriales.
Ses premières fonctions témoignent d'une attention constante à la jeunesse et à la transmission. Les notices biographiques mentionnent qu'il fut directeur de l'internat à l'école Maïmonide de Boulogne, puis chargé de la formation des cadres chez les Éclaireurs israélites de France, avant son installation strasbourgeoise comme rabbin chargé de la jeunesse juive entre 1970 et 1975 [Who's Who in France].
L'ascension est rapide. En 1975, le rabbin Joseph Sitruk succède à Israël Salzer au poste de grand rabbin de Marseille. Il accède à cette charge alors qu'il est encore jeune : d'abord en poste à Strasbourg, le rav Joseph Sitruk est élu Grand Rabbin de Marseille en 1975, à l'âge de 31 ans. À Marseille, ville d'une importante population séfarade, il développe une intense activité d'enseignement, dirigeant notamment le Talmud Torah de la région Alpes-Provence et exerçant des fonctions d'aumônier militaire et d'aumônier des prisons [Who's Who in France]. Ces douze années marseillaises forgent l'image d'un pasteur de proximité, ancré dans une communauté populaire et fervente.
L'année 1987 marque le sommet d'une carrière. Né le 16 octobre 1944 à Tunis, formé à Strasbourg, d'abord grand rabbin de Marseille, Joseph Sitruk fut élu grand rabbin de France pour la première fois en 1987, réélu en 1994, puis le 17 juin 2001. Il succède alors à René-Samuel Sirat et inscrit son mandat dans une durée exceptionnelle. Joseph Haïm Sitruk était un ancien grand rabbin de France, poste qu'il a occupé de juin 1987 au 22 juin 2008. Né Joseph Sitruk à Tunis, après avoir subi un accident vasculaire cérébral en 2001 et s'en être remis, il ajouta le nom de « Haïm » à son nom conformément à la tradition juive.
Son élection portait à la tête de l'institution un représentant du judaïsme séfarade, signe de la recomposition démographique opérée depuis les années 1960. Son successeur fut désigné au terme de son dernier mandat : le 22 juin 2008, Gilles Bernheim est élu pour lui succéder le 1er janvier 2009.
L'envergure de son magistère a été soulignée par les observateurs. Au fil de ses mandats, il s'est imposé comme une figure tutélaire d'une communauté en pleine évolution : selon les notices nécrologiques, en un peu plus de trois septennats, il aura été la figure la plus symbolique de toutes les mutations de la communauté religieuse juive, de son orthodoxie toujours plus rigoureuse, de son exigence de l'étude [Le Monde, cité par Babelio]. Cette longévité — rare dans une fonction élective — lui conféra une autorité morale considérable et fit de lui, durant plus de deux décennies, l'interlocuteur privilégié des autorités de la République pour les questions touchant au judaïsme français.
L'œuvre de Joseph Sitruk se caractérise par une volonté d'intensifier la pratique religieuse et de relancer l'étude au sein d'une communauté qu'il jugeait à raviver spirituellement. Cet élan se traduisit par de grands rassemblements populaires. Il est notamment à l'initiative des différents Yom HaTorah (au Bourget et au Parc Floral de Paris), évènements qui ont réuni des milliers de personnes. Ces journées de la Torah, mêlant conférences, étude et célébration, demeurent l'une des marques distinctives de son magistère.
Sa conception de plus en plus exigeante de l'orthodoxie le conduisit à doter Neuilly-sur-Seine d'une structure répondant à ses propres aspirations. Dans les années 1990, il crée à Neuilly-sur-Seine, hors le Consistoire central, le centre Aleph, centre communautaire strict quant à la halakha qui correspond mieux à sa conception du judaïsme que la synagogue consistoriale de Neuilly. Cette initiative illustre la rigueur halakhique qui caractérisa son approche, dans une fidélité revendiquée à la loi juive. Le centre demeura un lieu de référence au-delà de son rabbinat : ce centre est en 2009 dirigé par le rabbin Ariel Gay, gendre du grand rabbin.
Homme de transmission, Joseph Sitruk fut aussi un auteur. Ses publications cherchèrent à rendre accessible la pensée juive à un large public, notamment à travers les ouvrages Chemin faisant (1999) et Les Dix Commandements (2000) [Who's Who in France ; Babelio]. Reconnu par la République, il fut élevé à la dignité de commandeur de la Légion d'honneur et officier de l'ordre national du Mérite, et reçut le Prix de Jérusalem [Who's Who in France]. Ce mariage entre rigueur religieuse et reconnaissance civique résume l'équilibre singulier de sa figure publique.
Le rabbinat de Joseph Sitruk se déploya dans un contexte marqué par la résurgence de la violence antisémite, dont la profanation du cimetière juif de Carpentras, en 1990, fut le symbole traumatique. Tout au long de ses mandats, il s'imposa comme une voix vigilante. Le message de condoléances officiel à sa mort souligne précisément cet engagement : il fut, selon le ministre de l'Intérieur, un combattant infatigable de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme [Ministère de l'Intérieur, 25 septembre 2016].
Loin de tout repli, sa fidélité à ses racines tunisiennes le portait vers l'autre. Son attachement à la mémoire de la coexistence méditerranéenne — cette nostalgie revendiquée de la cohabitation interreligieuse — irrigua une pratique du dialogue avec les autres confessions, saluée par les pouvoirs publics qui virent en lui un acteur du dialogue avec toutes les religions [Ministère de l'Intérieur, 25 septembre 2016].
Son rayonnement dépassa enfin les frontières nationales. Investi dans la coordination du judaïsme orthodoxe à l'échelle continentale, il assuma à partir de 2000 la présidence de la Conférence des rabbins européens [Who's Who in France]. Cette dimension européenne fit de lui un interlocuteur reconnu bien au-delà de l'Hexagone, porteur d'une parole pour le judaïsme du continent.
La dernière partie de la vie de Joseph Sitruk fut marquée par l'épreuve physique, vécue dans la fidélité à la tradition. En 2001, un accident vasculaire cérébral bouleverse son existence. Conformément à une coutume juive ancienne, un nouveau prénom fut ajouté au sien : conformément à une tradition juive, le prénom Haïm (signifiant « vie ») a été ajouté à son nom en 2001 dans l'espoir d'une guérison après l'accident vasculaire cérébral dont il est victime. Ce geste, à la frontière de la mémoire et de l'histoire documentée, illustre la manière dont l'homme inscrivait jusque dans son propre nom la grammaire spirituelle du judaïsme.
Affaibli mais déterminé, il conduisit son rabbinat à son terme. Le passage de témoin s'opéra dans la continuité institutionnelle, Gilles Bernheim lui succédant au 1er janvier 2009. Joseph Sitruk s'éteignit à Paris quelques années plus tard. M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, a appris avec beaucoup de tristesse la mort de Joseph Sitruk, ancien grand rabbin de France. Le communiqué officiel rendit hommage à une existence placée sous le signe du savoir et de la foi.
La mémoire qu'il a laissée, transmise par les fidèles comme par les institutions, est celle d'un guide spirituel d'exception. L'hommage public salua tous les Français de confession juive pour lesquels il aura été pendant de longues années un guide spirituel [Ministère de l'Intérieur, 25 septembre 2016]. Dans la presse francophone d'Israël, il fut évoqué comme un maître inoubliable, formule qui résume la trace durable laissée par son enseignement [The Jerusalem Post].
La vie de Joseph Haïm Sitruk dessine un arc cohérent : de l'enfant de Tunis exilé à Nice au grand rabbin de France de trois mandats, c'est l'itinéraire d'un homme qui aura épousé, et en partie façonné, les transformations du judaïsme français contemporain. Séfarade à la tête d'une institution longtemps marquée par l'héritage ashkénaze, il symbolisa le basculement démographique et spirituel d'une communauté recomposée par l'immigration nord-africaine. Promoteur d'une orthodoxie exigeante, bâtisseur d'institutions, auteur soucieux de transmission, veilleur contre l'antisémitisme et artisan du dialogue, il occupa une place singulière à l'articulation du religieux et du civique.
Au terme de ce parcours, l'historien retient une figure dont l'autorité reposait moins sur la seule charge que sur une cohérence personnelle entre la foi professée et la vie menée. Les sources convergent pour reconnaître en lui, selon la formule officielle, un homme d'étude et de foi, un intellectuel érudit, un bâtisseur des œuvres de la communauté juive [Ministère de l'Intérieur, 25 septembre 2016]. Sa mémoire demeure, pour le judaïsme de France comme pour la République, celle d'un guide dont l'empreinte s'étend bien au-delà de ses années de magistère.