Az üldöztetés és pogromok emlékezete
Régió: Europe, monde méditerranéen et arabe
Metszéspont regiszter · letéteményes, nem tulajdonos
Közzétéve: 2026. augusztus 13.
Az antijudaista üldöztetésre és pogromokra vonatkozó tematikus Nagy Könyv a középkortól a kortárs újjáéledésekig, a Soáh előtt. Szigorúan dokumentált — helyek, dátumok, források — és vita nélkül: emlékeztessen az elpusztított közösségekre és áldozatokra, világítsa meg az antiszemitizmus történeti rugóit, de soha ne alakítsa át a tudást fegyverré. A regiszter a Memória és az Történelem metszéspontjában; annyi zsidó világ azért pusztult el ezen erőszak miatt.
Introduction
L'histoire des communautés juives d'Europe, du monde méditerranéen et des terres d'Islam ne saurait être pensée sans la longue trame des violences qui les ont périodiquement frappées. Du Moyen Âge aux résurgences contemporaines, en amont de la catastrophe que fut la Shoah, les persécutions antijuives composent une mémoire douloureuse, faite de communautés florissantes anéanties, de quartiers vidés, de manuscrits brûlés et de noms inscrits dans les chroniques du martyre. Faire mémoire de ces événements ne consiste pas à dresser un réquisitoire, mais à comprendre les ressorts historiques, religieux, économiques et sociaux qui, à travers les siècles, ont fait du Juif la figure du bouc émissaire désigné.
Le présent ouvrage se tient à l'intersection de la Mémoire et de l'Histoire. Il s'efforce de documenter avec rigueur — lieux, dates, sources — les grandes vagues de violence, tout en restituant le sens que les victimes elles-mêmes leur donnaient : celui du Kiddoush ha-Shem, la sanctification du Nom, et celui du souvenir transmis par les chroniques, les complaintes liturgiques (selihot) et, plus tard, les livres du souvenir (Yizkor). Tant de mondes juifs disparus le sont à cause de ces violences ; en restituer la chronologie, c'est rendre aux disparus une part de présence.
À ces formes anciennes de transmission s'ajoutent, depuis la fin du XXe siècle, de nouveaux instruments : les collections d'archives orales numérisées, les musées de communautés dispersées, les plaques apposées sur des immeubles de province, les monuments érigés sur des fosses communes longtemps ignorées. Ce livre intègre cette actualité mémorielle — celle des derniers témoins directs et des premières générations qui reçoivent sans avoir connu — comme partie constituante de la mémoire des persécutions, et non comme simple épilogue.
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Chapitre 1 : Spire, Worms et Mayence — les massacres de Rhénanie de 1096
La Première Croisade, prêchée par le pape Urbain II en 1095, devait conduire les armées chrétiennes vers Jérusalem ; elle se solda d'abord, sur les rives du Rhin, par l'une des premières grandes vagues de massacres antijuifs de l'Occident médiéval. Au printemps et à l'été 1096, des bandes croisées, dont celle conduite par le comte Émich de Flonheim, s'abattirent sur les communautés juives prospères des villes rhénanes. Les chroniques et les travaux historiques évaluent à plusieurs milliers le nombre des victimes : selon certaines estimations, les massacres firent entre deux mille et douze mille morts et détruisirent les communautés de Spire, Worms, Mayence et Cologne.
À Worms, lorsque la bande d'Émich arriva le 18 mai, la majeure partie de la communauté juive s'était réfugiée dans le palais épiscopal. Les croisés forcèrent l'enceinte et massacrèrent entre huit cents et mille Juifs — le délai entre l'arrivée et l'assaut est rapporté par les sources hébraïques sans que leur chronologie permette d'en fixer la durée avec précision. Ces événements furent rapportés vers le milieu du XIIe siècle par le chroniqueur juif Salomon bar Simson, dont le récit, rédigé une cinquantaine d'années après les faits, demeure une source majeure. La confrontation de ce récit avec les sources latines contemporaines illustre ce que l'historien appelle une « intersection » : la tradition juive et l'archive chrétienne se confirment dans leurs grandes lignes, tout en divergeant sur les motivations et les détails.
Ces massacres, désignés en hébreu sous le nom de gezerot Tatnou — les décrets de l'an 4856 —, marquèrent durablement la conscience juive ashkénaze. Ils donnèrent naissance à une littérature liturgique de deuil et consacrèrent l'idéal du Kiddoush ha-Shem, le martyre pour le Nom divin, qui structura la mémoire collective des communautés du Rhin pour les siècles à venir.
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Chapitre 2 : Le bas Moyen Âge — d'York à Strasbourg, les calomnies rituelles et la Peste noire (1190–1349)
Le XIIe et le XIIIe siècle virent se cristalliser des accusations diffamatoires durables. L'accusation de meurtre rituel apparut en Angleterre, avec l'affaire de Guillaume de Norwich vers 1144, puis se diffusa sur le continent. L'accusation de profanation de l'hostie et les calomnies d'empoisonnement des puits nourrirent un imaginaire persécuteur qui traversa les siècles. En Angleterre, le massacre d'York de mars 1190, au cours duquel la communauté juive assiégée dans la tour du château — aujourd'hui Clifford's Tower — périt en grande partie, parfois par suicide collectif pour échapper à la conversion forcée, demeure emblématique de ces violences. Le royaume d'Angleterre expulsa ses Juifs en 1290, suivi par le royaume de France en 1306.
La Peste noire, qui ravagea l'Europe à partir de 1347–1348, déclencha l'une des vagues persécutrices les plus meurtrières. Accusées à tort d'avoir propagé l'épidémie en empoisonnant les sources, des communautés entières furent anéanties dans le Saint-Empire. Le massacre de Strasbourg, le 14 février 1349, au cours duquel des centaines de Juifs furent brûlés, illustre l'ampleur de ces pogroms qui détruisirent des centaines de communautés en Rhénanie, en Souabe et en Franconie. Ces persécutions accélérèrent le déplacement du centre de gravité du judaïsme ashkénaze vers l'est de l'Europe, en Pologne et en Lituanie, où des chartes de protection offraient un refuge relatif.
Ce cycle de violence médiévale laissa dans les communautés une double empreinte : celle des selihot — prières pénitentielles composées pour commémorer les martyrs — et celle d'une prudence géographique qui amena les Juifs à rechercher, siècle après siècle, les interstices d'une protection princière ou royale, toujours précaire, jamais garantie.
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Chapitre 3 : L'expulsion de Sefarad (1492) et la dispersion méditerranéenne
Le 31 mars 1492, les rois catholiques Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille promulguèrent le décret de l'Alhambra, ordonnant l'expulsion de tous les Juifs de leurs royaumes. En quelques mois, les Juifs espagnols furent contraints de renier leur foi ou d'abandonner une terre qu'ils habitaient depuis mille ans. L'édit imposait que tout Juif qui ne se convertissait pas au christianisme quitte le pays avant la fin du mois de juillet, sous peine de mort : une rupture d'une ampleur sans précédent dans l'histoire des communautés séfarades, qui atteignaient alors un sommet de leur rayonnement intellectuel et culturel.
Cette expulsion mit fin à la civilisation judéo-espagnole médiévale, l'une des plus brillantes que le judaïsme ait connues. Elle dispersa les exilés séfarades à travers le bassin méditerranéen : dans l'Empire ottoman, qui les accueillit notamment à Salonique, Istanbul et Smyrne, en Afrique du Nord, en Italie et aux Pays-Bas. Le Portugal procéda à une conversion forcée en 1497. De cette dispersion naquit le monde séfarade moderne et la langue judéo-espagnole, le ladino, mais aussi la longue tradition de mémoire de l'exil, transmise de génération en génération dans les complaintes et les berceuses de la diaspora ottomane.
Il convient de noter que, si les terres d'Islam offrirent souvent aux Juifs un statut protégé de dhimmi, ce statut s'accompagnait de sujétions juridiques et fut, à plusieurs reprises, rompu par des violences locales. L'expulsion de Sefarad s'inscrit ainsi dans un arc de longue durée : la fragilité structurelle des communautés juives dans les États confessionnels, qu'ils soient chrétiens ou musulmans, demeure une constante que l'histoire permet de mettre au jour sans pour autant effacer les différences considérables de régime et d'intensité.
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Chapitre 4 : Le soulèvement de Khmelnytsky et la catastrophe d'Ukraine (1648–1656)
Au milieu du XVIIe siècle, la grande communauté juive de la République des Deux Nations polono-lituanienne subit une catastrophe d'une ampleur inédite depuis les croisades. Les pogroms de Khmelnytsky furent des pogroms menés contre les Juifs de l'actuelle Ukraine durant le soulèvement de 1648, conduit par les Cosaques et les serfs sous la houlette de Bohdan Khmelnytsky. Les Juifs, souvent perçus comme les agents économiques de la noblesse polonaise dans les terres ukrainiennes — fermiers d'impôts, régisseurs, aubergistes —, se trouvèrent pris dans l'engrenage d'une révolte à la fois sociale, nationale et religieuse.
Le soulèvement, qui mêlait Cosaques zaporogues et leurs alliés tatars de Crimée, infligea de lourdes défaites aux forces polono-lituaniennes dans l'actuelle Ukraine. Les estimations du nombre de victimes juives varient considérablement selon les sources : les chroniques juives contemporaines, comme celle de Nathan Hanover dans Abyss of Despair (Yeven Metsulah), évoquent des chiffres qui reflètent l'horreur vécue plus qu'ils n'établissent une comptabilité rigoureuse ; la recherche contemporaine a révisé à la baisse les estimations les plus hautes, sans que les révisions puissent atténuer la réalité d'une catastrophe démographique et culturelle majeure. Après près d'une décennie de violences, l'Ukraine vit s'effacer une grande partie de sa présence juive multiséculaire.
Dans la mémoire juive, l'année 1648 — Tah ve-Tat — devint synonyme de catastrophe et nourrit, selon plusieurs historiens, l'effervescence messianique qui culmina avec le mouvement de Sabbataï Tsevi. Cette dimension de l'intersection est précisément ce qui rend ce chapitre de l'histoire juive si complexe : le trauma collectif se traduit en attente eschatologique, et l'archive historique doit composer avec la mémoire liturgique.
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Chapitre 5 : Les pogroms de l'Empire russe — de 1881 à Kichinev (1903)
L'assassinat du tsar Alexandre II en 1881 déclencha, dans les provinces méridionales de l'Empire russe, une première grande vague de pogroms. Confinés dans la Zone de résidence, soumis à des lois discriminatoires, les Juifs furent les cibles désignées d'une violence populaire souvent tolérée, voire encouragée, par certaines autorités locales. Ces violences précipitèrent une émigration massive vers l'Amérique du Nord et l'Europe occidentale, et donnèrent une impulsion décisive aux mouvements d'émancipation juive, du sionisme naissant au socialisme du Bund.
Le pogrom de Kichinev de 1903 demeura l'événement le plus retentissant de cette période. Il se déroula les 19 et 20 avril 1903 dans la ville de Kichinev, capitale de la Bessarabie impériale russe — aujourd'hui Chișinău, capitale de la Moldavie. Le bilan officiel fit état de quarante-huit morts, quatre-vingt-douze personnes grièvement blessées et plus de cinq cents légèrement blessées. Une publication ultra-nationaliste locale, Le Bessarabien, avait distillé sa propagande antisémite pendant des mois, jouant sur les thèmes du meurtre rituel et de la malveillance juive ; un tract anonyme appelant au meurtre avait circulé la veille de Pâques [zakhor-online.com].
L'écho international du massacre fut considérable. Il inspira le poème Dans la ville du massacre de Hayim Nahman Bialik, qui transforma la honte de la passivité en appel à l'autodéfense, et il mobilisa l'opinion occidentale. Une seconde vague de pogroms, plus meurtrière encore, accompagna la révolution de 1905, notamment à Odessa. La recherche contemporaine, comme celle de l'historien Steven Zipperstein, s'attache à distinguer les faits avérés des mythes qui se sont greffés sur la mémoire de Kichinev. L'assassinat d'Alexandre II avait été instrumentalisé par certains milieux ; la révolution de 1905 le fut à son tour contre les Juifs, dans un cycle de désignation qui traversa les décennies suivantes [zakhor-online.com].
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Chapitre 6 : Le Farhoud de Bagdad (1941) et les pogroms dans les terres d'Islam
Si les persécutions antijuives furent en Europe d'une intensité particulière, le monde arabe et méditerranéen connut lui aussi des épisodes de violence, dont l'intensité s'accrut au XXe siècle sous l'effet conjugué des nationalismes, des tensions liées à la Palestine mandataire et de la propagande de l'Axe. L'épisode le plus marquant fut le Farhoud, pogrom perpétré à Bagdad les 1er et 2 juin 1941, à la faveur du vide de pouvoir consécutif à l'effondrement du gouvernement pro-allemand de Rachid Ali al-Gaylani. La communauté juive de Bagdad, l'une des plus anciennes du monde, vit des dizaines de ses membres assassinés et ses biens pillés. Aux portes de la ville, l'armée britannique avait stoppé sa progression et n'intervint pas pour mettre fin aux violences — un silence qui a depuis nourri une controverse historique persistante [forum.zakhor-online.com].
En Libye, les pogroms de Tripoli jalonnent eux aussi le XXe siècle. Le Musée des Juifs de Libye, installé rue Moshe Addadi à Or Yehuda en Israël, a été créé en 2003 à l'initiative de bénévoles et donateurs originaires de Libye. Son exposition permanente rassemble des objets de l'artisanat judéo-libyen, des documents, des photographies et des textiles, avec une reconstitution du quartier juif (hara) d'une ville libyenne. Une salle du souvenir recense nominalement les victimes des pogroms de Tripoli : celui du 5 novembre 1945, qui fit plus de cent quarante morts, celui du 12 juin 1948, qui en fit quatorze, et celui de juin 1967, qui en fit dix-huit ; la salle documente également les persécutions subies sous l'occupation fasciste italienne [musée des Juifs de Libye, Or Yehuda]. Le musée est membre institutionnel associé de l'Association of European Jewish Museums et compte parmi les quatre musées israéliens membres de l'International Council of Jewish Museums.
Le Farhoud et les pogroms de Tripoli annoncèrent, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et de la décolonisation, l'effacement progressif des communautés juives multiséculaires du monde arabe — d'Irak, du Yémen, d'Égypte, de Libye, du Maroc et d'ailleurs — au cours des décennies suivantes. Ils s'inscrivent ainsi, comme les violences européennes, dans la longue histoire de la fragilité des minorités juives diasporiques.
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Chapitre 7 : La Shoah en Europe centrale — ghettos, déportations et liquidations
La Shoah constitue une rupture singulière dans la longue histoire des persécutions : son caractère industriel, bureaucratique et génocidaire la distingue de toutes les vagues de violence antérieures. Elle s'exerça pourtant dans des contextes locaux très précis, au travers de ghettos, de rafles et de liquidations dont la chronologie et la géographie dessinent une carte de l'horreur à l'échelle du continent.
En Pologne, le ghetto de Płock illustre la brutalité du processus de liquidation dans sa phase précoce. Le ghetto avait été créé par les Allemands en septembre 1940 ; sa liquidation commença le 21 février 1941 et s'acheva début mars de la même année, avec la déportation d'environ dix mille personnes, principalement vers le camp de Soldau/Działdowo puis vers les districts de Radom et Kielce. Le vendredi 20 février 2026, l'exposition Dla Was, niezapomnianych… — « Pour vous, inoubliés… » —, consacrée aux familles juives liées à Płock, a été inaugurée aux Archives d'État de la ville, en partenariat avec la Fondation Nobiscum : soixante-dix photographies et documents issus des archives couvrant la période 1939–1945, réunissant des descendants de Juifs de Płock venus de l'étranger pour assister à la commémoration principale du 21 février 2026, jour anniversaire exact de la liquidation [« Dla Was, niezapomnianych… »].
En Biélorussie, Słuck — Slutsk en russe, aujourd'hui Slutsk — offre un autre exemple de la brutalité systématique de la liquidation nazie. En 1926, la ville comptait 8 358 Juifs, représentant 53,3 % de sa population totale : une des plus fortes proportions de toute la région. Après l'occupation allemande du 27 juin 1941, les autorités constituèrent fin 1941-début 1942 deux ghettos distincts : un « ghetto de campagne » pour les personnes jugées inaptes au travail, et un « ghetto de ville » pour la main-d'œuvre. Les 27 et 28 octobre 1941, entre cinq mille et huit mille personnes furent fusillées en deux jours par le 12e bataillon de Schutzmannschaft lituanien et le 11e bataillon de réserve de police allemand, assistés de la police auxiliaire locale. Le « ghetto de ville » fut liquidé le 8 février 1943 ; Słuck ne fut libérée par l'Armée rouge que le 30 juin 1944. La communauté détruite a fait l'objet d'un livre du souvenir (Yizkor book), aujourd'hui numérisé et traduit en anglais par le JewishGen Yizkor Book Project et référencé par la New York Public Library dans sa collection de plus de 730 Yizkor books. Un recueil distinct de documents et témoignages, Pinkas Slutsk u-benoteha, avait déjà été publié en 1962 sous la direction de Shimshon Nahmani et Nahum Chinitz [collections.yadvashem.org/untold-stories/community/14621542-Slutsk ; JewishGen Yizkor Book Project].
En Hongrie, la déportation ne commença qu'au printemps 1944, après l'occupation allemande du pays en mars de cette année. Les communautés de province furent frappées avec une rapidité foudroyante. La communauté juive de Szeged connut ainsi la déportation dès 1944 : le Dr Salamon István, né le 29 mai 1940, fut déporté à l'âge de quatre ans avec sa famille vers le camp de Strasshof. À Szarvas, plus de trois cent cinquante-cinq victimes de la déportation sont aujourd'hui gravées sur des plaques de marbre dans les cimetières juifs de la ville et sur le monument commémoratif de la Shoah, érigé à l'emplacement de l'ancienne synagogue néologue incendiée en 1944. Le 19 juillet 2026, une cérémonie biennale du souvenir s'est tenue au cimetière israélite de la rue Szent László, en présence de survivants et de leurs proches, ouverte par Misurné Dr. Gerő Zsuzsa, présidente de la Fondation du patrimoine juif de Szarvas et elle-même rescapée, déportée à Bergen-Belsen à l'âge de deux ans [commémoration de Szarvas, juillet 2026].
À Zalaegerszeg, le pharmacien Mándi Jenő — né en 1888, diplômé en 1910 — avait fait de sa pharmacie Szentháromság l'une des plus importantes de la ville. Il était aussi vice-président d'un club sportif local, pompier volontaire et conseiller municipal. Dépouillé de son poste et de ses biens par les lois antijuives hongroises, astreint au travail forcé, il fut déporté en 1944 avec sa famille et périt dans un camp de concentration nazi. Le 10 juillet 2026, une plaque commémorative a été apposée sur le mur de l'immeuble « Pontház », à l'initiative de l'association d'amitié Béke-Shalom et de la municipalité, à l'emplacement de son ancienne officine [plaque commémorative de Zalaegerszeg, juillet 2026].
En Ukraine et en Russie, les Juifs des territoires occupés à partir de 1941 furent en grande partie assassinés sur place, souvent fusillés et enterrés dans des fosses communes que les années et les régimes successifs recouvrirent d'oubli. Le 15 juillet 2026, jour anniversaire de la liquidation du ghetto de Smolensk, des représentants de la communauté juive et des habitants se sont rassemblés dans la forêt de Viazovenkovo, devant des plaques commémoratives portant les noms d'environ un millier de détenus du ghetto juif de Smolensk fusillés dans la nuit du 14 au 15 juillet 1942. Le ghetto de Smolensk, le plus grand de la région, avait été créé par les occupants le 5 août 1941 et liquidé le 15 juillet 1942. Les plaques avaient été posées à l'initiative du « Congrès national de la région de Smolensk » et de la « Communauté juive de Smolensk », avec le soutien de l'administration régionale [commémoration de Smolensk, juillet 2026].
Plus au sud, dans l'oblast de Volgograd, une fosse commune contenant les restes de quarante-cinq personnes — quarante-trois Juifs et deux militants de kolkhoze — fusillées en 1942 près du village de Vodino avait été découverte en 2020. Les victimes étaient âgées de huit mois à soixante-quatorze ans, parmi elles vingt-trois enfants. Les restes, réinhumés selon la tradition juive dans la section juive du cimetière de Verkhnezerechenskoïe à Volgograd, ont reçu le 26 juillet 2026 un monument financé par le Congrès juif russe [monument de Volgograd, juillet 2026].
En Allemagne même, la Nuit de Cristal du 9 au 10 novembre 1938 fut la culmination publique d'une violence que le régime nazi avait jusque-là organisée par voie de lois et de décrets administratifs. À Cassel, le processus de destruction fut particulièrement documenté dans sa chronologie. Le 7 novembre 1938, soit deux jours avant le déclenchement national du pogrom, la synagogue principale de la ville — consacrée en 1839 — fut incendiée une première fois, mais les pompiers locaux éteignirent le feu. Les 9 et 10 novembre, la synagogue libérale fut à son tour incendiée et la synagogue orthodoxe détruite ; des centaines de commerces juifs furent saccagés dans toute la ville. Environ trois cents hommes juifs de Cassel furent alors déportés au camp de concentration de Buchenwald, parmi lesquels le rabbin du Land, Robert Raphael Geis. Dans l'année qui suivit, cinq cent soixante Juifs de Cassel émigrèrent. En 1933, la ville comptait deux mille trois cent un habitants juifs recensés — une communauté que ces événements dévastèrent avant même que la machine d'extermination systématique ne soit mise en place [« La Nuit de Cristal à Cassel : incendies des synagogues et déportation à Buchenwald » ; germanhistorydocs.org].
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Chapitre 8 : Kielce (1946) et l'après-guerre — le pogrom dans l'Europe libérée
La libération de l'Europe n'éteignit pas immédiatement la violence antijuive. Le 4 juillet 1946, à Kielce, en Pologne, une foule attaqua la « Maison juive » du 7 rue Planty, qui abritait des organisations d'entraide et environ cent cinquante survivants de la Shoah : une quarantaine d'entre eux furent tués, plus de cent autres blessés. Souvent qualifié de « dernier pogrom d'Europe », l'événement se produisit sur fond d'une rumeur d'enlèvement d'enfants — réactivation du vieux fantasme du meurtre rituel — dans une société polonaise encore ébranlée par l'occupation et la guerre civile naissante. L'Institut polonais de la mémoire nationale, qui avait clos son enquête en 2006, avait conclu à une réaction spontanée de la foule plutôt qu'à une manipulation organisée, bien que la question des responsabilités reste débattue [commémoration du 80e anniversaire, Congrès juif européen, juillet 2026].
La portée historique du pogrom de Kielce dépassa ses victimes immédiates. Il provoqua le départ d'environ cent mille Juifs de Pologne dans les mois suivants, précipitant la liquidation de ce qui restait de la présence juive dans un pays qui en avait abrité plus de trois millions avant la guerre. Pour le quatre-vingtième anniversaire, en juillet 2026, le Congrès juif européen et le Congrès juif mondial ont publié des déclarations commémoratives [Congrès juif européen, juillet 2026]. L'Université de Toronto, par son Anne Tanenbaum Centre for Jewish Studies, a organisé une rencontre intitulée Remembering Kielce at 80: Violence, Memory, and Survivor Testimony, réunissant l'historienne Joanna Tokarska-Bakir, de l'Académie polonaise des sciences, et Renée Levcovitch, fille d'un survivant [commémoration du 80e anniversaire, Kielce].
Kielce s'inscrit dans une réflexion plus large sur les conditions de possibilité de l'antisémitisme d'après-guerre : dans une Europe ravagée, les Juifs rescapés revenaient dans des villes dont leurs voisins avaient pris les appartements, les commerces et les biens. L'hostilité à leur retour trahit la profondeur d'un antisémitisme qui ne s'était pas dissipé avec la défaite du nazisme.
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Chapitre 9 : Les livres du souvenir — de Słuck à Varsovie, constituer l'archive contre l'oubli
Face à l'anéantissement, des hommes et des femmes ont tenté, au péril de leur vie, de constituer des archives. La plus célèbre de ces entreprises clandestines est l'archive Oyneg Shabes, fondée à Varsovie par l'historien Emanuel Ringelblum. Shimon Huberband, rabbin et historien, arrivé à Varsovie en 1940 après la mort de sa première femme et de son enfant lors de l'invasion allemande de 1939, dirigeait la section religieuse de la Self-Help juive et avait rejoint l'équipe de Ringelblum. Il y rédigea des études sur la vie religieuse sous l'occupation — destruction de synagogues et de cimetières, persécution des pratiquants —, sur le folklore du ghetto et sur le sort des travailleurs forcés [Institut historique juif de Varsovie]. Peu avant sa déportation, il confia ses manuscrits à d'autres membres de l'Oyneg Shabes, qui les emballèrent dans des bidons de lait en aluminium enterrés sous un trottoir de Varsovie — l'un des dépôts qui constitueraient, retrouvés après-guerre, les « archives Ringelblum ». Le 18 août 1942, lors d'une grande action de déportation partie d'une fabrique de brosses du ghetto, Huberband et sa seconde épouse furent déportés au camp d'extermination de Treblinka, où ils furent assassinés. Ses écrits furent publiés après-guerre sous le titre Kiddush Hashem: Jewish Religious and Cultural Life in Poland During the Holocaust [corpus Huberband, JHI Varsovie].
Le choix de ce titre tisse un fil direct entre 1096 et 1942 : la même formule du Kiddoush ha-Shem — la sanctification du Nom —, la même structure de sens, traversant huit siècles de martyrologe juif, du chroniqueur rhénan Salomon bar Simson jusqu'aux rédacteurs du ghetto de Varsovie.
À côté de l'archive clandestine, constituée dans l'urgence et sous la menace immédiate, un autre genre mémoriel s'est développé dans l'après-guerre : le Sefer Zikaron, ou livre du souvenir, connu sous son nom yiddish de Yizkor book. Ces volumes, publiés par des associations de rescapés originaires d'une même communauté disparue, rassemblent témoignages, photographies, listes nominales de victimes et récits de la vie d'avant. Ils constituent une réponse collective à la destruction, entreprise à la fois de deuil et de documentation. Le cas de Słuck illustre bien l'articulation entre l'urgence de l'archive immédiate et la longue durée du Yizkor. La communauté juive de cette ville biélorusse, qui représentait 53,3 % de la population en 1926, fut anéantie entre octobre 1941 et février 1943 ; dès 1962, des anciens de Słuck dispersés en Israël et aux États-Unis publièrent le Pinkas Slutsk u-benoteha, recueil de documents et témoignages de quatre cent cinquante pages. Des décennies plus tard, un Yizkor book distinct — aujourd'hui numérisé et traduit en anglais par le JewishGen Yizkor Book Project — enrichit ce premier recueil, et la New York Public Library l'intègre dans sa collection de plus de 730 Yizkor books recensés à ce jour [collections.yadvashem.org/untold-stories/community/14621542-Slutsk ; JewishGen Yizkor Book Project].
En Allemagne, la maison de vente Felzmann avait mis aux enchères, le 17 novembre 2025, un catalogue intitulé Das System des Terrors, comprenant des lettres de camps de concentration, des fiches de la Gestapo et d'autres documents comportant des données personnelles et des noms de victimes. Le Comité international d'Auschwitz, par la voix de son vice-président exécutif Christoph Heubner, avait dénoncé une entreprise exploitant commercialement la souffrance des persécutés ; la vente fut annulée le 16 novembre 2025, avec le soutien du ministre d'État à la Culture Wolfram Weimer. Le 7 juillet 2026, au Landtag de Rhénanie-du-Nord-Westphalie à Düsseldorf, une alliance de la société civile régionale a remis plus de six cents pièces rachetées à des mémoriaux et archives, avec le concours de la Fondation Auschwitz-Birkenau. Le mémorial d'Esterwegen reçut notamment le certificat de libération du détenu Otto Thätner, né en 1899, arrêté en 1933 et interné au camp à partir du 4 avril 1934, ainsi que des cartes postales de camp et de la « monnaie de camp » [Jüdische Allgemeine, juillet 2026].
De l'autre côté de l'Atlantique, le 30 janvier 2026, les bibliothèques de l'Université de Californie à Irvine ont annoncé la mise en ligne intégrale et indexée de l'Orange County Holocaust Oral History Project, plus de trente ans après sa constitution. Le fonds réunit cent quarante-cinq témoignages de survivants de la Shoah, ainsi que cinq témoignages de militaires américains témoins de la libération des camps et trois de sauveteurs, enregistrés entre 1992 et 1995 à l'initiative du survivant polonais Jack Pariser. Les cassettes VHS d'origine, fragilisées par le temps, avaient été numérisées intégralement, avec transcriptions et résumés recherchables par mot-clé, en partenariat avec le United States Holocaust Memorial Museum. Des copies du fonds ont par ailleurs été données à Chapman University, à Yad Vashem, à la 1939 Society et à l'USHMM [UC Irvine Libraries, janvier 2026].
Le témoignage tardif constitue lui aussi une forme d'archive. Le 25 juin 2024, l'Institut culturel roumain de Tel Aviv a organisé une conférence marquant les quatre-vingts ans de l'Holocauste en Transylvanie du Nord, en collaboration avec la Fondation Tarbut Sighet. Le documentaire Strigătul (Le Cri), présenté par le producteur israélien d'origine roumaine Mandi Jacobovitch, recueille le témoignage de son père, déporté de Sighet à Auschwitz au printemps 1944, qui n'avait raconté son expérience qu'après cinquante ans, dans le cadre d'un accompagnement psychologique israélien pour survivants et descendants [Institut culturel roumain de Tel Aviv, 2024]. Ce témoignage reçu avec un demi-siècle de retard illustre la temporalité particulière de la parole des survivants : ni immédiate ni absente, mais différée par la douleur, et d'autant plus précieuse lorsqu'elle surgit.
Eva Weyl, née le 7 juin 1935 à Arnhem dans une famille originaire de Clèves et de Fribourg-en-Brisgau, a survécu enfant au camp de transit de Westerbork avec ses parents et s'est depuis imposée comme témoin actif de l'histoire (Zeitzeugin) en Allemagne. Sa famille paternelle avait fondé le grand magasin Weyl à Clèves. Une visite prévue à Stuttgart du 29 juin au 3 juillet 2026, pour rencontrer cinq établissements scolaires, avait dû être annulée, mais elle avait maintenu la transmission en donnant des conférences en ligne à distance aux élèves. Le 8 juillet 2026, elle est intervenue en personne au colloque de la justice du Tribunal régional supérieur de Düsseldorf, où elle a été présentée comme titulaire de la Croix fédérale du Mérite, reçue en 2018 [Stolpersteine Stuttgart, juillet 2026]. Cette double actualité — adaptation numérique et intervention institutionnelle dans une cour de justice — illustre la manière dont les derniers témoins directs adaptent leurs modes de transmission à mesure que leurs forces s'amenuisent.
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Chapitre 10 : Les lieux de mémoire — synagogues marquées, cimetières restaurés et monuments sur les fosses
La mémoire des persécutions s'inscrit dans des lieux physiques : édifices survivants, cimetières, monuments. Ces lieux matérialisent ce que les chroniques et les archives ne peuvent qu'évoquer. Certains portent, au sens propre, les marques de la violence sur leurs murs.
La synagogue d'Elbeuf, en Normandie, construite en 1909 grâce à un don du mécène Alphonse Haas, est un témoin rare et classé monument historique de la présence juive alsacienne-mosellane venue développer l'industrie textile locale après 1871. Elle porte encore sur ses murs des étoiles jaunes peintes dans la nuit du 16 au 17 juillet 1942 — la même nuit que le début de la rafle du Vél d'Hiv —, ce qui en fait l'un des rares édifices de France à conserver cette trace directe de la persécution vichyste. Sans office religieux depuis 1995, le bâtiment, lauréat de la Mission Patrimoine 2023, était en cours de restauration lorsqu'un chantier a révélé en 2025 la présence de mérule sur la moitié de la salle de prière, portant le coût de traitement à environ trois cent mille à trois cent cinquante mille euros. La Fondation du patrimoine a annoncé le 8 juillet 2026 qu'un don exceptionnel de la Fondation philanthropique Edmond J. Safra permettait de boucler ce financement d'urgence et de reprendre les travaux — la même fondation ayant déjà soutenu la restauration de la Maison sublime de Rouen, plus ancien monument juif d'Europe [Fondation du patrimoine, juillet 2026].
Dans les cimetières, la même logique de la mémoire nominale est à l'œuvre : nommer pour résister à l'effacement. À Szarvas, les plaques de marbre portant les noms des victimes de 1944, et à Viazovenkovo comme à Volgograd les monuments sur les fosses communes liquidées en 1942, participent de cette entreprise nominale décrite au chapitre précédent dans sa chronologie factuelle. Ce qu'il convient d'analyser ici, c'est la logique commune qui les sous-tend : transformer l'anonymat de la mort de masse en une mémoire individuelle, restituant à chaque victime son existence singulière.
Depuis 2022, un exemple biélorusse d'un genre particulier illustre cette logique : la restauration physique de pierres tombales disparues sous la végétation et la terre marécageuse. En octobre 2022, le projet bénévole annuel MEGA — acronyme de Memory, Education, Generation, Action — porté par le centre Hillel de Minsk, a consacré huit jours de travail au cimetière juif historique du village d'Uzlyany, en Biélorussie. Trente-deux jeunes bénévoles ont localisé, excavé, redressé, nettoyé, documenté, traduit et photographié cent vingt pierres tombales juives, dont beaucoup avaient progressivement disparu sous la terre au fil des décennies. Uzlyany est le lieu de naissance, en 1891, de David Sarnoff, qui émigra enfant aux États-Unis avant de devenir la figure dirigeante de la Radio Corporation of America (RCA). Le projet était soutenu par l'Union des associations et communautés juives biélorusses et s'inscrivait dans une série de campagnes annuelles de sauvegarde de cimetières juifs menacés de disparition en Biélorussie [eurojewcong.org, octobre 2022].
La plaque apposée sur l'immeuble « Pontház » de Zalaegerszeg en l'honneur du pharmacien Mándi Jenő appartient à cette même logique de restitution nominale : un homme particulier, avec un métier, un engagement civique, une vie — et non un chiffre dans une statistique. Ces lieux — synagogues marquées, monuments sur des fosses communes, cimetières redressés pierre à pierre — fonctionnent ensemble comme une contre-géographie de la persécution, opposée point par point à la géographie de l'effacement.
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Les grandes figures
Salomon bar Simson (dates inconnues, actif vers 1140–1160) — Chroniqueur juif rhénan, auteur de la principale chronique hébraïque sur les massacres de 1096, rédigée une cinquantaine d'années après les événements. Son récit, qui mêle la douleur du témoin différé et la rigueur du documentaire, constitue la source interne la plus riche sur les gezerot Tatnou. Il rapporte en détail les massacres de Worms, Mayence et Cologne, et consacre le paradigme du Kiddoush ha-Shem comme cadre d'interprétation de la mort des martyrs.
Hayim Nahman Bialik (1873–1934) — Poète hébreu né à Radi (Empire russe), souvent désigné comme le « poète national » de la renaissance hébraïque. Après avoir visité Kichinev à la suite du pogrom de 1903, il composa Ba-ir ha-haregah (Dans la ville du massacre), poème qui transforma la honte de la passivité des victimes en appel furieux à la dignité et à l'autodéfense. Ce texte devint l'un des textes fondateurs de la conscience nationale juive moderne et influença durablement le mouvement sioniste.
Nathan Hanover († vers 1683) — Rabbin et historien juif né en Volhynie, auteur de Yeven Metsulah (Abyss of Despair, 1653), première grande chronique des massacres de Khmelnytsky rédigée par un contemporain. Lui-même réfugié ayant fui les pogroms, il rassembla les récits des survivants et composa un texte qui fait alterner la relation des faits et la lamentation liturgique. Son œuvre demeura pendant des siècles la principale source interne sur la catastrophe de 1648–1649.
Shimon Huberband (vers 1909–1942) — Rabbin et historien du judaïsme polonais, né probablement en Galicie. Arrivé à Varsovie en 1940 après la mort de sa première femme et de son enfant lors de l'invasion allemande, il dirigea la section religieuse de la Self-Help juive et rejoignit l'équipe d'Emanuel Ringelblum pour l'archive clandestine Oyneg Shabes. Il y rédigea des études sur la vie religieuse sous l'occupation, le folklore du ghetto et le sort des travailleurs forcés. Ses manuscrits, confiés à l'Oyneg Shabes et enterrés dans des bidons de lait avant sa déportation, furent publiés après-guerre sous le titre Kiddush Hashem: Jewish Religious and Cultural Life in Poland During the Holocaust (Yeshiva University Press, 1987). Il fut déporté à Treblinka le 18 août 1942 avec sa seconde épouse.
Emanuel Ringelblum (1900–1944) — Historien juif polonais, fondateur de l'archive clandestine Oyneg Shabes dans le ghetto de Varsovie. Né à Buczacz (Galicie orientale), il organisa à partir de novembre 1940 une entreprise systématique de documentation de la vie quotidienne, des persécutions et de la destruction des communautés juives sous l'occupation nazie. Les deux dépôts de l'archive — retrouvés en 1946 et 1950 — constituent à ce jour la source interne la plus complète sur la vie et la mort du ghetto de Varsovie. Ringelblum fut exécuté avec sa famille en mars 1944, après avoir été trahi dans sa cachette « aryenne ».
Robert Raphael Geis (1906–1972) — Rabbin libéral allemand, théologien et éducateur. Entré en poste à Mannheim en 1937, il devint rabbin du Land à Cassel, où il fut arrêté lors de la Nuit de Cristal et déporté au camp de concentration de Buchenwald avec les quelque trois cents hommes juifs de la ville raflés en novembre 1938. Libéré, il reprit des activités rabbiniques et intellectuelles en Allemagne et contribua au dialogue judéo-chrétien dans l'après-guerre. Sa figure illustre le double destin des rabbins de communautés provinciales allemandes : victimes du pogrom de 1938 et, pour ceux qui survécurent, témoins actifs de la reconstruction d'une présence juive résiduelle [Center for Jewish History, Archives].
Dovid Einhorn (1926–2026) — Né à Sighet (Roumanie), ville natale d'Elie Wiesel, il fut déporté à Auschwitz pendant la Shoah et demeura le seul survivant de sa famille immédiate. Installé à Brooklyn après la guerre, il devint durant des décennies un témoin public actif, intervenant auprès d'élèves, de groupes communautaires et d'élus sur la vie juive européenne d'avant-guerre et la destruction des communautés. Le 20 juillet 2026, des centaines de personnes célébrèrent son centième anniversaire à Borough Park, lors d'une soirée qui comprit l'achèvement et la dédicace d'un Sefer Torah commandé à la mémoire de ses parents et de ses frères et sœurs assassinés pendant la Shoah ; en 2024, le maire de New York Eric Adams l'avait invité à allumer la menorah de Hanoukka [VINnews, juillet 2026]. Il mourut le 24 juillet 2026, quelques jours après cet anniversaire.
Eva Weyl (née le 7 juin 1935) — Née à Arnhem (Pays-Bas) dans une famille originaire de Clèves et de Fribourg-en-Brisgau, survivante enfant du camp de transit de Westerbork. Sa famille paternelle avait fondé le grand magasin Weyl à Clèves. Depuis des décennies, elle est une Zeitzeugin — témoin vivante de l'histoire — reconnue en Allemagne, titulaire de la Croix fédérale du Mérite reçue en 2018. Elle poursuit son activité de transmission en adaptant ses interventions aux contraintes de l'âge : conférences en ligne auprès d'élèves, colloques institutionnels, dont celui du Tribunal régional supérieur de Düsseldorf en juillet 2026.
Dr. Salamon István (1940–2026) — Né le 29 mai 1940 à Szeged (Hongrie), déporté à l'âge de quatre ans avec sa famille vers le camp de Strasshof. Après des études de médecine, il entama sa carrière en 1964 au service de médecine interne de l'hôpital de Hódmezővásárhely, avant de devenir durant plus d'un demi-siècle médecin de famille dans le quartier d'Újszeged. Ancien vice-président de la Communauté juive de Szeged, il est décédé le 24 juillet 2026 et a été inhumé au cimetière juif de Szeged [mazsihisz.hu, juillet 2026].
Misurné Dr. Gerő Zsuzsa (née vers 1942) — Présidente depuis 2004 de la Fondation du patrimoine juif de Szarvas, elle-même rescapée de la Shoah, déportée à Bergen-Belsen à l'âge de deux ans. Elle a été à l'initiative de l'érection du monument commémoratif de la Shoah à Szarvas et des plaques portant les noms des victimes de la déportation de 1944 gravées dans le marbre du cimetière juif de la ville. Elle préside depuis deux décennies les cérémonies biennales au cimetière israélite de Szarvas, incarnant le passage de la mémoire des survivants à l'institution mémorielle [commémoration de Szarvas, juillet 2026].
Jack Pariser (dates inconnues) — Survivant de la Shoah d'origine polonaise, installé en Californie du Sud après la guerre. À l'initiative de la section Orange County / Long Beach de l'Anti-Defamation League, il est à l'origine de l'Orange County Holocaust Oral History Project, constitué entre 1992 et 1995 et comprenant cent quarante-cinq témoignages de survivants ainsi que des témoignages de militaires et de sauveteurs. Ce fonds, numérisé et mis en ligne intégralement par UC Irvine Libraries en janvier 2026, est conservé en copies à Yad Vashem, à l'USHMM, à Chapman University et à la 1939 Society.
David Sarnoff (1891–1971) — Né à Uzlyany, village de Biélorussie, il émigra enfant aux États-Unis et devint la figure dirigeante de la Radio Corporation of America (RCA) ainsi que l'une des personnalités fondatrices de la radiodiffusion et de la télévision américaines. Son lieu de naissance est représentatif de ces petites communautés juives d'Europe orientale dont les cimetières, longtemps abandonnés et enfouis sous la végétation, ont fait l'objet de campagnes de restauration au XXIe siècle. En octobre 2022, des bénévoles du projet MEGA ont redressé et documenté cent vingt pierres tombales au cimetière d'Uzlyany, restituant à ce lieu la visibilité que des décennies d'oubli lui avaient ôtée [eurojewcong.org, octobre 2022].
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Conclusion
De la Rhénanie de 1096 au Bagdad de 1941, en passant par Strasbourg, Sefarad, l'Ukraine de Khmelnytsky, le Kichinev de 1903, les ghettos de Varsovie, Płock, Słuck et Smolensk, et jusqu'au pogrom de Kielce en 1946, se dessine une trame récurrente : la désignation du Juif comme bouc émissaire en temps de crise religieuse, sociale ou politique. Les ressorts varient — fanatisme religieux médiéval, calomnies rituelles, ressentiment économique, nationalismes modernes, propagande de l'Axe —, mais la structure du mécanisme persécuteur présente des constantes que l'histoire permet de mettre au jour.
À ces grandes vagues appartient aussi la Nuit de Cristal, dont le cas de Cassel illustre une mécanique particulière : la violence anticipée, puis organisée à l'échelle nationale, s'est abattue sur des communautés de quelques milliers d'âmes — deux mille trois cent un Juifs recensés en 1933 —, anéantissant en quelques nuits des décennies d'enracinement bourgeois et civique. Le rabbin Geis, déporté à Buchenwald avec ses fidèles, incarne ce destin de communautés provinciales pulvérisées avant même que le mot « extermination » ne fût prononcé.
Ces violences, antérieures à la Shoah dans leur grande majorité, n'en préfigurent pas le caractère industriel et génocidaire, qui constitue une rupture singulière dans l'histoire de l'humanité ; elles en éclairent toutefois le terreau ancien et les dispositifs d'exclusion qui rendirent possible l'indifférence des voisins. Kielce, en 1946, rappelle que la libération militaire de l'Europe n'avait pas suffi à éteindre l'antisémitisme.
Ce livre a aussi montré que la mémoire de ces violences n'est pas une donnée passive. Elle s'est constituée activement, dans les conditions les plus extrêmes : des chroniqueurs rhénans du XIIe siècle aux rédacteurs de l'Oyneg Shabes cachant leurs manuscrits dans des bidons de lait ; des communautés séfarades transmettant en ladino la mémoire de l'exil à leurs enfants ; des rescapés de Słuck publiant dès 1962 le Pinkas Slutsk, puis d'autres compilant des décennies plus tard un Yizkor book numérisé ; des musées de Libye reconstitués à Or Yehuda par des bénévoles ; des survivants de Californie du Sud enregistrés sur des cassettes VHS fragiles, aujourd'hui numérisées et indexées ; des jeunes bénévoles de Minsk redressant dans la boue d'Uzlyany les pierres tombales d'un cimetière que personne ne venait plus lire. La mémoire n'est pas une trace : c'est une volonté.
Aujourd'hui, alors que les derniers témoins directs s'éteignent — Dovid Einhorn est mort en juillet 2026, quelques jours après avoir célébré ses cent ans à Borough Park —, la question de la transmission se pose avec une acuité nouvelle. Les institutions qui numérisent les archives, les municipalités qui apposent des plaques, les fondations qui restaurent les synagogues, les historiens qui distinguent les faits des mythes : tous participent d'un même effort pour que les noms gravés dans le marbre ne retombent pas dans l'anonymat. Car derrière chaque date et chaque lieu se tiennent des hommes, des femmes et des enfants dont les noms, parfois sauvés par une chronique ou un bidon de lait enterré sous un trottoir de Varsovie, attestent que ces mondes ont existé.
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Források és erőforrások
- John Doyle Klier, Russians, Jews, and the Pogroms of 1881-1882 (2011)
- Michael Abitbol, Le passé d'une discorde. Juifs et Arabes du VIIe siècle à nos jours (1999)
- Maurice Kriegel, Les Juifs à la fin du Moyen Âge dans l'Europe méditerranéenne (1979)
- Israël Jacob Yuval, « Deux peuples en ton sein ». Juifs et chrétiens au Moyen Âge (2012)
- Amnon Linder (ed.), The Jews in the Legal Sources of the Early Middle Ages (1997)
- Norbert Bel-Ange, Les communautés juives de Tlemcen : histoire et mémoire (1998)
- Abdelkrim Allagui, Juifs et musulmans en Tunisie : des origines à nos jours (2016)
- Yohanan Petrovsky-Shtern, The Golden Age Shtetl: A New History of Jewish Life in East Europe (2014)
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