Régió: Londres, Royaume-Uni
Történelem regiszter · letéteményes, nem tulajdonos
Közzétéve: 2026. június 19.
Plus belle collection privée de livres et manuscrits hébraïques (Jack Lunzer), acquise par la NLI en 2017.
Parmi les grandes bibliothèques hébraïques constituées au vingtième siècle, peu auront laissé une empreinte aussi profonde que la Valmadonna Trust Library. Réunie sur plus d'un demi-siècle par un seul homme, le négociant en diamants industriels Jack V. Lunzer, elle s'est imposée comme la plus importante collection privée de livres et de manuscrits hébraïques au monde. La Valmadonna Trust Library est une collection de 13 000 livres et manuscrits imprimés et manuscrits en hébreu ou en caractères hébraïques, rassemblée principalement par Jack V. Lunzer, négociant britannique en diamants industriels, né à Anvers en 1924.
L'histoire de cette bibliothèque n'est pas seulement celle d'un homme et de sa passion : elle épouse les contours mêmes de la diaspora juive et de la circulation de l'écrit hébraïque, de l'Angleterre médiévale aux ateliers d'imprimerie de Venise, des communautés italiennes aux centres séfarades et ashkénazes d'Europe. Posséder ces volumes, c'est tenir entre ses mains le récit matériel de la transmission d'un peuple à travers les siècles. Compilés pour l'essentiel par le négociant en diamants britannique Jack V. Lunzer, les livres et manuscrits retracent la diffusion de l'imprimerie hébraïque et la dissémination mondiale de la culture juive.
Le présent ouvrage entend retracer la genèse, l'apogée et la destinée finale de cette collection, depuis la vision d'un collectionneur jusqu'à son entrée, en 2017, dans le patrimoine de la Bibliothèque nationale d'Israël. Il s'agit d'une histoire à la fois intime — celle d'un amateur érudit — et collective — celle d'un peuple et de ses livres.
À l'origine de la Valmadonna Trust Library se tient une figure singulière. Jack V. Lunzer était un négociant britannique en diamants industriels, né à Anvers en 1924. Issu d'une famille juive d'Europe occidentale, formé dans le commerce des pierres précieuses, Lunzer transposa dans le domaine du livre l'exigence du connaisseur : le goût de la rareté, le sens de la qualité matérielle et la patience de l'acquéreur qui attend, parfois des décennies, l'objet convoité.
Le nom même de la collection témoigne de cet enracinement dans la géographie juive italienne : « Valmadonna » renvoie à une localité du Piémont, dans le nord de l'Italie, choisie comme dénomination de la fondation qui allait abriter et protéger la bibliothèque. Ce choix n'est pas anodin : l'Italie occupe une place centrale dans l'histoire de l'imprimerie hébraïque, et c'est vers ses ateliers que se tournera une part importante des ambitions du collectionneur.
Lunzer ne constitua pas sa bibliothèque en investisseur spéculatif, mais en gardien. Sa démarche relevait d'une conception patrimoniale : rassembler, préserver et transmettre intact un ensemble dont la valeur tient autant à sa cohérence qu'à la rareté de chaque pièce. Cette philosophie expliquera, le moment venu, la condition impérative qu'il posa à toute cession : la collection ne devait jamais être démembrée. La collection, estimée à plus de 40 millions de dollars, fut mise en vente au début de l'année 2009 par Sotheby's, avec la condition expresse qu'elle soit vendue dans son ensemble et non dispersée.
L'homme se distinguait également par un attachement personnel à certaines pièces, qu'il poursuivit avec une ténacité devenue légendaire dans le milieu des bibliophiles. Lunzer ne se contentait pas de collectionner : il bataillait, négociait, échangeait, mobilisant son réseau et sa fortune pour faire entrer dans sa bibliothèque les volumes qu'il jugeait essentiels à la cohérence de l'ensemble. Sa générosité intellectuelle se manifestait aussi par l'ouverture de sa collection aux chercheurs, faisant de la Valmadonna non un coffre-fort fermé mais un instrument vivant de la science juive.
La Valmadonna Trust Library n'est pas une accumulation indifférenciée : elle dessine une véritable carte de la culture du livre hébraïque. Les livres et manuscrits retracent la diffusion de l'imprimerie hébraïque et la dissémination mondiale de la culture juive. Ce projet documentaire embrasse les grands foyers de production : l'Italie de la Renaissance, l'Europe ashkénaze, le monde séfarade, l'Orient et, plus rarement, les marges les plus lointaines de la diaspora.
L'Italie y tient une place de choix, ce qui n'a rien d'étonnant pour une fondation portant le nom d'une localité piémontaise. C'est dans la péninsule, et singulièrement à Venise, que l'imprimerie hébraïque connut au seizième siècle son âge d'or. La collection réunit ainsi des témoins majeurs de cette efflorescence, parmi lesquels figurent des éditions devenues des jalons absolus de l'histoire du livre juif.
L'Angleterre occupe également une position particulière, et même paradoxale, dans la collection. Pays d'où les Juifs furent expulsés au treizième siècle, l'Angleterre médiévale n'a laissé que d'infimes traces écrites en hébreu. Or la Valmadonna conserve précisément l'un de ces vestiges les plus précieux, dont il sera question plus loin, qui fait de la collection un dépositaire unique de la mémoire juive anglaise antérieure à l'expulsion.
Cette amplitude géographique se double d'une profondeur chronologique remarquable, courant du douzième siècle jusqu'à l'époque moderne. La collection embrasse ainsi à la fois le manuscrit médiéval, l'incunable, l'imprimé de la première modernité et les productions ultérieures, offrant une vue panoramique sur la longue durée de l'écrit hébraïque. Cette ambition encyclopédique distingue la Valmadonna des collections spécialisées : elle vise l'exhaustivité d'un panorama plutôt que la concentration sur une aire ou une période.
Parmi les épisodes les plus célèbres de l'histoire de la Valmadonna figure l'acquisition d'un ensemble exceptionnel du Talmud de Babylone imprimé à Venise au début du seizième siècle. Cet exemplaire revêt une importance qui dépasse de loin sa rareté matérielle, car il fixa, pour les siècles à venir, la mise en page canonique du texte talmudique. Un exemplaire bien conservé du Talmud de Babylone (1519-1523), conçu par un comité de savants et codifiant de nombreux aspects de la disposition du Talmud, fut imprimé à Venise par Daniel Bomberg.
L'œuvre de Daniel Bomberg, imprimeur d'origine anversoise établi à Venise, demeure l'un des sommets de l'histoire du livre juif. La disposition qu'il adopta — le texte central entouré des commentaires de Rachi et des Tossafistes, la pagination de référence — s'imposa comme norme universelle, reprise jusque dans les éditions contemporaines. Posséder un ensemble complet et bien conservé de cette édition relevait donc, pour un collectionneur, du Graal.
L'acquisition de cet exemplaire par Lunzer constitue l'une des plus remarquables transactions de l'histoire de la bibliophilie. Cet exemplaire fut acquis par Lunzer auprès de la collection de l'abbaye de Westminster en échange d'un exemplaire vieux de neuf cents ans de la charte originale de l'abbaye, accompagné de dotations, accomplissant ainsi un rêve de vingt-cinq ans. L'histoire est devenue emblématique : pendant un quart de siècle, Lunzer convoita le Talmud de Bomberg conservé par l'abbaye anglaise ; il finit par identifier, puis acquérir, le document précisément susceptible d'intéresser l'institution — une charte fondatrice de son propre patrimoine — pour l'offrir en échange.
Cet épisode illustre à merveille la méthode Lunzer : la patience du diamantaire, qui sait attendre la pierre rare, alliée à l'ingéniosité du négociant, qui transforme un obstacle en opportunité. L'échange ne fut pas un simple troc, mais une opération longuement mûrie, où la valeur sentimentale et historique l'emportait sur la stricte logique marchande. Il scella la réputation de la Valmadonna comme collection capable de réunir l'irréunissable.
Si le Talmud de Bomberg représente le sommet de la collection imprimée, le manuscrit le plus précieux de la Valmadonna appartient à un tout autre registre, celui de la mémoire juive anglaise médiévale. Il s'agit d'une Bible hébraïque dont la singularité historique est sans équivalent. Une Bible hébraïque d'Angleterre, connue sous le nom de Codex Valmadonna I, fut copiée à la main en 1189 et pillée l'année suivante lors de la destruction de la communauté juive de York ; c'est le seul texte hébraïque connu d'Angleterre antérieur à l'expulsion des Juifs en 1290 sous le roi Édouard Ier.
Ce manuscrit relie deux moments tragiques de l'histoire juive d'Angleterre : les massacres qui accompagnèrent l'avènement de Richard Cœur de Lion en 1189-1190, dont le pogrom de York demeure le plus tristement célèbre, et l'expulsion générale décrétée par Édouard Ier en 1290. Que ce volume ait survécu à la destruction de la communauté où il fut copié, puis aux siècles d'exil, confère au Codex Valmadonna I une charge mémorielle exceptionnelle. Il constitue, à lui seul, un témoin matériel irremplaçable de l'existence juive en Angleterre avant son interruption brutale.
La collection ne se limitait pas à cette pièce. Elle comportait d'autres manuscrits remontant au cœur du Moyen Âge, illustrant la diversité des écoles de copistes et des traditions textuelles. Un Pentateuque franco-allemand, probablement écrit aux dixième ou onzième siècles, figurait également dans la collection. Ces manuscrits, par leur ancienneté et leur provenance, documentent les milieux savants juifs de l'Europe médiévale, là où se forgeaient les traditions de lecture et de transmission de la Bible et de ses commentaires.
L'ensemble manuscrit de la Valmadonna offre ainsi un contrepoint indispensable à sa partie imprimée : avant Gutenberg et avant Bomberg, c'est par la copie manuelle, lente et précieuse, que le texte sacré franchissait les générations et les frontières. La présence simultanée de ces deux univers — le manuscrit et l'imprimé — fait de la collection un instrument privilégié pour saisir la continuité, mais aussi la rupture technique que représenta l'avènement de l'imprimerie hébraïque.
Au tournant des années 2000, l'âge avançant, se posa la question de l'avenir de la Valmadonna Trust Library. Fidèle à sa conception patrimoniale, Lunzer souhaitait que sa collection demeurât un tout indivisible et qu'elle fût confiée à une grande institution capable d'en assurer la conservation et l'accès. La collection, estimée à plus de 40 millions de dollars, fut mise en vente au début de l'année 2009 par Sotheby's, avec la condition expresse qu'elle soit vendue dans son ensemble et non dispersée.
Cette clause d'indivisibilité, rare dans le marché des collections de cette valeur, traduisait une exigence morale autant que scientifique : la cohérence de la Valmadonna constituait sa valeur la plus haute, supérieure à la somme de ses parties. Lunzer ne cherchait pas le profit personnel. Lunzer, qui ne bénéficiait pas du produit de la vente, avait déclaré souhaiter que sa bibliothèque fût acquise par la Bibliothèque du Congrès.
Ce vœu — voir la collection rejoindre une grande institution publique vouée à la conservation et à l'étude — exprime la dimension désintéressée de l'entreprise. Pour Lunzer, la Valmadonna devait passer du statut de bibliothèque privée à celui de patrimoine partagé, accessible aux chercheurs et garant de la mémoire juive. La recherche du dépositaire idéal s'avéra toutefois longue et complexe : réunir le financement nécessaire à l'acquisition d'un ensemble estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars, sans le démembrer, supposait la rencontre d'une volonté institutionnelle, d'une ambition scientifique et de moyens considérables.
Cette période d'incertitude, marquée par des expositions publiques de la collection destinées à en faire connaître la valeur, prépara en réalité son destin final. La quête d'un foyer durable allait trouver, près d'une décennie plus tard, sa résolution non pas outre-Atlantique, mais à Jérusalem, dans l'institution qui incarne par excellence la conservation de l'écrit juif.
Le dénouement de l'histoire de la Valmadonna Trust Library survint au début de l'année 2017, lorsque la collection trouva enfin son dépositaire définitif. La Bibliothèque nationale d'Israël, située à Jérusalem, acquit une collection de plus de 13 000 œuvres hébraïques rares et uniques, connue sous le nom de Valmadonna Trust Library, lors d'une vente privée organisée par Sotheby's le 18 janvier.
Ce choix revêt une portée symbolique évidente. La Bibliothèque nationale d'Israël (BNI) constitue le dépositaire central du patrimoine écrit juif ; l'entrée en son sein de la plus belle collection privée hébraïque du monde y parachève une mission de rassemblement et de préservation. L'acquisition marque un ajout important à la collection de la BNI, et les œuvres devaient être hébergées dans le nouveau bâtiment emblématique de l'institution, conçu par les architectes Herzog & de Meuron, dont l'ouverture au public était prévue pour 2020.
Ainsi, la Valmadonna ne se vit pas seulement transférée : elle fut destinée à occuper un écrin nouveau, à la mesure de son importance, au cœur d'une institution rénovée. Le rêve initial de Lunzer — voir sa bibliothèque accueillie par une grande institution publique vouée à l'étude — se réalisait, fût-ce ailleurs que là où il l'avait d'abord espéré. En rejoignant Jérusalem, la collection qui retraçait la dispersion mondiale du livre juif retrouvait, en quelque sorte, un centre.
Cette acquisition referma le cycle ouvert un demi-siècle plus tôt par un diamantaire passionné. Le tout demeura indivisible, conformément à la volonté du collectionneur, et la cohérence patrimoniale de la Valmadonna fut sauvegardée. Les livres et manuscrits, qui retracent la diffusion de l'imprimerie hébraïque et la dissémination mondiale de la culture juive, marquent un ajout important à la collection de la Bibliothèque nationale d'Israël.
L'histoire de la Valmadonna Trust Library est celle d'une rencontre : celle d'un homme, Jack V. Lunzer, et de la longue mémoire d'un peuple. En réunissant treize mille volumes hébraïques, du Codex Valmadonna I copié en 1189 au Talmud vénitien de Bomberg, en passant par les manuscrits médiévaux et les imprimés des grands foyers de la diaspora, le collectionneur a constitué un véritable musée du livre juif, embrassant huit siècles d'écriture et de transmission.
La cohérence de cette collection, jalousement préservée par la clause d'indivisibilité que Lunzer imposa jusqu'au bout, en fait davantage qu'une somme de pièces précieuses : un récit continu de la résilience culturelle juive, de l'Angleterre des massacres médiévaux à la Venise de la Renaissance, et de l'Europe dispersée à la Jérusalem retrouvée. Son entrée à la Bibliothèque nationale d'Israël en 2017 ne marque pas une fin, mais une métamorphose : la bibliothèque privée devient patrimoine universel, ouverte aux chercheurs et aux générations futures.
Au terme de ce parcours, la Valmadonna apparaît comme un témoin exemplaire de ce que peuvent la passion d'un individu et la fidélité à une vocation. Là où d'autres auraient dispersé, Lunzer a rassemblé ; là où le marché aurait morcelé, il a exigé l'unité. C'est cette unité, désormais conservée à Jérusalem, qui assure à la collection sa pérennité et sa portée : non plus l'œuvre d'un seul, mais le bien commun d'une civilisation de l'écrit.
Copy any of these formats to cite this page or link to it.
Link
https://zakhor.ai/hu/grands-livres/institutions/valmadonna-trustHTML
<a href="https://zakhor.ai/hu/grands-livres/institutions/valmadonna-trust">Valmadonna Trust Library — Zakhor</a>Citation
Valmadonna Trust Library — Zakhor, https://zakhor.ai/hu/grands-livres/institutions/valmadonna-trust