יהודי המדאן
Régió: Iran (Ouest)
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Közzétéve: 2026. június 19.
Communauté de l'ancienne Ecbatane, gardienne du tombeau traditionnel d'Esther et Mardochée, lieu de pèlerinage. Elle remonterait à l'époque achéménide.
Au pied du mont Alvand, sur les hauts plateaux de l'ouest iranien, s'étend la ville de Hamadan, que la tradition savante identifie à l'antique Ecbatane, capitale des Mèdes. Hamadan est généralement identifiée à l'ancienne Ecbatane, l'Achmetha de la Bible, capitale de la Médie Magna ; il semble que les Juifs s'y soient installés peu après sa fondation et y aient prospéré, mais qu'avec sa conquête par les Arabes en 634 les persécutions aient commencé. De cette identification découle une revendication parmi les plus anciennes du judaïsme diasporique : celle d'une présence israélite continue, ancrée dans le sol de l'Iran depuis l'aube de l'âge perse.
La communauté juive de Hamadan tire sa singularité de deux faits indissociables : son antiquité supposée, qui la rattacherait aux déportations assyriennes et à l'époque achéménide, et la présence en son sein du mausolée traditionnel d'Esther et de Mardochée, sanctuaire vénéré au point d'être tenu pour le second lieu saint du judaïsme après Jérusalem. Le tombeau d'Esther et de Mardochée à Hamadan est reconnu comme le deuxième site juif le plus sacré, revêtant une valeur considérable dans le judaïsme ; il s'agit d'un monument historique construit en pierre et en brique.
Ce livre se propose de retracer, avec la prudence qu'impose la rareté des archives, l'itinéraire d'une communauté qui se tient au point de rencontre entre la mémoire biblique et l'histoire documentée. Nous distinguerons partout ce que l'archive établit, ce que la tradition transmet, et ce que la confrontation des deux permet de nuancer. Car la singularité de Hamadan tient précisément à cette tension féconde : nulle part ailleurs en diaspora la légende ne s'enracine aussi puissamment dans une topographie réelle, ni l'histoire ne s'écrit aussi étroitement à l'ombre d'un sanctuaire.
La généalogie de la communauté de Hamadan plonge ses racines dans les déportations bibliques. La plus ancienne référence aux Juifs de Hamadan se trouve dans l'Ancien Testament, selon lequel un groupe d'Israélites fut amené sur le plateau perse par le roi Salmanasar d'Assyrie vers 722 avant notre ère (2 Rois 18.11) et « établi dans les villes des Mèdes ». Ce verset constitue le socle scripturaire sur lequel s'édifie toute revendication d'ancienneté.
De cet indice biblique, la recherche tire une hypothèse vraisemblable plutôt qu'une certitude. Étant donné la taille et l'importance de Hamadan comme cité royale ou capitale des Mèdes, il est raisonnable de supposer que nombre de ces Juifs s'y installèrent, faisant de la communauté juive de Hamadan la plus ancienne hors d'Israël. L'argument repose sur la déduction topographique : si des Israélites furent dispersés « dans les villes des Mèdes », la capitale même de la Médie en aurait naturellement accueilli une part notable.
La tradition interne de la communauté prolonge cette mémoire par une revendication tribale précise. Selon Habib Levy, les Juifs de Hamadan croient être de la tribu de Siméon — l'une des douze tribus d'Israël —, la plupart ayant choisi le nom « Siméon » pour leurs fils mâles au fil des générations passées. Cet usage onomastique, transmis de père en fils, illustre la manière dont une communauté conserve et performe son origine légendaire dans la pratique quotidienne du nom.
L'identification de Hamadan à Ecbatane structure par ailleurs la mémoire achéménide de la cité. Historiquement, Hamadan est identifiée à Ecbatane, l'une des principales cités de l'Empire achéménide. Le livre biblique d'Esdras (6,2) mentionne d'ailleurs Achmetha — Ecbatane — comme le lieu où fut retrouvé le décret de Cyrus autorisant la reconstruction du Temple, inscrivant ainsi la ville dans le récit du retour de l'exil. Au seuil de cette histoire, l'archive et la tradition se répondent sans pleinement se confirmer : la mémoire affirme une antiquité que les sources rendent seulement probable.
Le cœur sacré de la communauté est le mausolée que la tradition assigne à Esther et à Mardochée. Selon le récit transmis par les Juifs de Perse, après la chute d'Aman l'hostilité envers les Juifs s'aggrava, et les deux héros du livre d'Esther quittèrent Suse pour gagner le nord, jusqu'à Hamadan, où ils moururent âgés et furent ensevelis ; au-dessus de leurs tombes s'éleva un mausolée qui subsiste encore. Pour des générations, les Juifs iraniens venaient ici spécialement à Pourim, afin de lire la Méguila au plus près des héros du récit.
L'attestation historique du sanctuaire est ancienne et précise. Benjamin de Tudèle, qui s'y trouvait au milieu du XIIe siècle, affirme avoir trouvé là cinquante mille Juifs ; il mentionne le sépulcre : « Devant l'une des synagogues de Hamadan se trouve le sépulcre de Mardochée et Esther ». Le voyageur navarrais constitue ainsi le premier témoin extérieur reliant fermement la ville au tombeau.
L'archéologie et l'histoire de l'art nuancent toutefois la datation. Selon la légende, le sanctuaire original fut détruit par les envahisseurs mongols au XIVe siècle ; l'historien Ernst Herzfeld date la structure actuelle de 1602, et son aspect reflète un style persan courant de cette époque, connu sous le nom d'emāmzādeh, propre aux sanctuaires de chefs religieux musulmans. Une inscription intérieure éclaire cette histoire matérielle : des visiteurs du XIXe siècle décrivent une plaque de marbre sur les parois intérieures du dôme indiquant que la structure fut dédiée en l'an 714 (année juive 4474) par Élie et Samuel, fils d'Ismaël Kachan.
La piété populaire fit du lieu un centre de pèlerinage intense, mêlant dévotion et pratiques votives. Les Juifs tenaient le sépulcre en grande vénération et le visitaient à la fin de chaque mois et à Pourim ; ils y offraient même des sacrifices, qu'ils donnaient aux pauvres afin de gagner la protection de Mardochée et Esther. Le sanctuaire transcende les frontières confessionnelles : une petite synagogue jouxte le tombeau, et le site est également considéré comme saint par les musulmans et les chrétiens, qui viennent y prier. Ainsi l'archive confirme l'ancienneté du culte tout en repoussant la datation de l'édifice bien au-delà de l'époque achéménide à laquelle la mémoire le rattache.
Avant l'âge médiéval proprement dit, quelques figures émergent des sources. La plus ancienne est la reine juive sassanide Šušandoḵt, fille du resh galuta ou exilarque de Perse, épouse du roi sassanide Yazdegerd Ier (r. 399-420) et mère de Bahrām Gōr, à qui une source pehlevie attribue la fondation de Hamadan. Cette tradition, qu'elle soit historique ou étiologique, lie symboliquement la naissance de la ville à une présence juive de haut rang.
Le VIIIe siècle voit surgir une figure messianique marquante. Vient ensuite Yudḡān, ou Yehuda Hamadāni, qui prospéra au milieu du VIIIe siècle lors de l'ascension du califat abbasside ; il se prétendait prophète et dirigeait une secte juive connue sous le nom de Yudḡdāniya, mouvement sectaire messianique issu d'Abu ʿIsā Eṣfahāni, ses fidèles le tenant pour le Messie. Hamadan apparaît dès lors comme un foyer d'effervescence religieuse au sein du judaïsme persan.
L'apogée démographique et commercial de la communauté se situe à l'époque médiévale. Le témoignage de Benjamin de Tudèle, déjà cité, avance le chiffre considérable de cinquante mille Juifs au XIIe siècle. D'après une remarque d'Edrisi, il est également évident que la ville était habitée par un grand nombre de Juifs : « Le commerce de ce lieu était fort considérable, ce qui explique le grand nombre de Juifs qu'il contenait ». La prospérité de la communauté tenait donc à la position de Hamadan sur les routes commerciales reliant la Mésopotamie au plateau iranien, faisant de ses Juifs des acteurs notables des échanges.
Cette continuité avait toutefois pour revers la vulnérabilité aux retournements politiques. Avec la conquête de la ville par les Arabes en 634, les persécutions commencèrent ; plus tard, sous les dynasties séfévide et afghane des XVIIe et XVIIIe siècles, les Juifs de Hamadan souffrirent lourdement. L'histoire médiévale et moderne de la communauté oscille ainsi entre des phases d'épanouissement et des épisodes d'adversité, au gré des dynasties.
L'âge séfévide, glorieux pour l'Iran chiite, fut sombre pour ses minorités juives. La pression sur les communautés s'intensifia sous le règne de Shah Abbas Ier, et la mémoire de ces épreuves fut consignée par la littérature judéo-persane. Le poète judéo-persan Babai b. Luṭf de Kashan décrivit en vers les persécutions des Juifs à travers la Perse sous Abbas Ier. Cette chronique versifiée, le Kitāb-i Anusi, demeure une source précieuse pour reconstituer les conversions forcées et les humiliations imposées aux communautés, dont celle de Hamadan.
Les soubresauts de la chute des Séfévides et de l'invasion afghane au XVIIIe siècle aggravèrent encore la précarité juive, ainsi que le rappelle l'histoire des dynasties successives. La condition des Juifs persans relevait alors d'un statut de tolérance précaire, soumis aux lois de pureté rituelle chiite qui les reléguaient au rang d'impurs et restreignaient leurs activités.
C'est dans ce contexte que les persécutions tardives de l'époque qadjare ont fait l'objet de recherches récentes fondées sur des documents inédits. Un épisode de 1892 a été étudié à partir de lettres nouvellement découvertes : Soli Shahvar, dans « Oppression of Religious Minority Groups in Times of Great Upheaval in Late Qajar Iran », traite de la persécution de 1892 visant les Juifs et les bahá'ís d'origine juive de Hamadan, à partir de deux lettres nouvellement découvertes (The Jewish Quarterly Review, vol. 108, n° 2, 2018). Cet événement illustre la fragilité persistante des minorités lors des grandes secousses politiques de la fin du XIXe siècle, lorsque les tensions sociales se déchargeaient sur les communautés les plus exposées.
Malgré ces épreuves, la permanence du tombeau d'Esther et de Mardochée joua un rôle de ciment communautaire. L'existence de ce sanctuaire fut un facteur important dans la formation et la persistance de la société juive à Hamadan ; le tombeau d'Esther et de Mardochée est le deuxième sanctuaire important du peuple juif dans le monde. Le lieu saint fonctionnait ainsi comme un point d'ancrage identitaire qui maintenait la cohésion communautaire à travers les vicissitudes.
L'un des traits les plus remarquables des Juifs de Hamadan est la préservation d'une langue propre, vestige linguistique d'une histoire millénaire. Les minorités religieuses d'Iran ont en effet joué un rôle conservatoire face à la diffusion du persan. L'étude de la langue des minorités religieuses en Iran est particulièrement importante pour comprendre le développement historique et la typologie des langues iraniennes.
Le mécanisme de cette conservation est désormais bien établi. Des données historiques et linguistiques étayent l'idée que les zoroastriens et les Juifs des villes du centre et de l'ouest de l'Iran ont préservé leur ancienne langue vernaculaire, tandis que la majorité de la population l'a remplacée par le persan à la période iranienne nouvelle. Le judéo-hamadani constitue donc une survivance dialectale qui, par sa marginalité même, a échappé à l'uniformisation linguistique imposée par le persan dominant.
La recherche récente, fondée sur des enquêtes de terrain, a affiné notre connaissance de cette langue. Une étude consacrée au judéo-hamadani examine de nombreux traits distinctifs de cette langue et met à jour les recherches récentes pour clarifier ses origines, à partir de données recueillies sur le terrain à Hamadan d'octobre 2018 à août 2019. Les linguistes ont par ailleurs proposé un cadre comparatif englobant les parlers juifs apparentés de la région. Le terme « ecbatanique » — dérivé d'Ecbatane, nom grec ancien de Hamadan — désigne les dialectes juifs médians de Hamadan, Tuyserkan, Nehavand, Borujerd, Khonsar et Golpayegan.
Cette appellation savante n'est pas neutre : en convoquant le nom antique de la cité, elle réinscrit la langue dans la longue durée de la présence juive médiane. La parenté entre ces parlers fait l'objet de débats érudits, certains traits étant largement partagés à travers les langues iraniennes occidentales, ce qui en limite la valeur diagnostique pour établir des sous-groupes. La langue demeure néanmoins le témoin le plus tangible d'une continuité culturelle que les archives ne documentent qu'imparfaitement.
À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la communauté de Hamadan connut un mouvement de modernisation porté par l'éducation. L'Alliance israélite universelle y implanta une école qui devint un foyer de transformation sociale et culturelle. La figure de Menahem Shemuel Halevy incarne ce renouveau : à Hamadan, il travailla comme enseignant à l'école de l'Alliance israélite universelle, puis en devint le directeur ; il servit aussi comme dirigeant civil et représentant de la communauté juive auprès de la municipalité de Hamadan.
Son action conjuguait modernisation, sionisme et défense communautaire. Sioniste, il mettait l'accent sur l'enseignement de l'hébreu et l'adhésion à la Torah ; il rédigea poésies, essais et travaux historiques en hébreu et en persan, centrés sur l'histoire des Juifs iraniens et la communauté de Hamadan, et fut un défenseur influent des droits de la communauté, contribuant à protéger nombre de Juifs des persécutions. L'éducation à l'européenne et l'éveil national se conjuguèrent ainsi pour redéfinir l'identité communautaire au seuil de l'ère moderne.
Le XXe siècle vit cependant l'érosion progressive de la communauté, sous l'effet de l'émigration vers Israël, l'Europe et l'Amérique, accélérée après la révolution de 1979. Le constat contemporain est saisissant de fragilité, comme en témoignent les visiteurs du sanctuaire : il subsiste cinq familles juives encore vivantes à Hamadan, soit un total de quinze personnes, qui pourraient être les descendantes des Juifs bibliques de l'époque de la reine Esther.
Le tombeau, lui, demeure au centre de tensions politiques persistantes. Les autorités iraniennes ont rétrogradé le statut du tombeau d'Esther et de Mardochée, retirant le panneau qui identifiait le mausolée comme site de pèlerinage officiel, après qu'un groupe d'environ 250 étudiants militants eut entouré le tombeau en menaçant de le détruire. Pourtant, le sanctuaire a aussi connu une reconnaissance internationale : en 2024, le centre historique de Hamadan — incluant le site d'Ecbatane qui englobe le tombeau de Mardochée et Esther — a été reconnu comme site du patrimoine mondial de l'UNESCO. Entre menace iconoclaste et consécration patrimoniale, le destin du tombeau résume celui d'une communauté réduite à quelques âmes mais dont la trace demeure indélébile dans la mémoire et la pierre.
L'histoire des Juifs de Hamadan se déploie comme une longue méditation sur la persistance. De la déportation assyrienne supposée à la poignée de familles qui subsistent aujourd'hui, la communauté a traversé près de vingt-sept siècles d'une présence que la tradition tient pour ininterrompue et que l'archive confirme du moins depuis le Moyen Âge. La taille et l'importance de Hamadan comme capitale des Mèdes rendent raisonnable l'hypothèse que sa communauté juive soit la plus ancienne hors d'Israël.
Trois piliers ont soutenu cette permanence. Le premier est le sanctuaire d'Esther et de Mardochée, qui a fait de Hamadan un pôle de pèlerinage et un centre de gravité spirituel pour tout le judaïsme persan. Le deuxième est la langue, ce judéo-hamadani dont les linguistes redécouvrent aujourd'hui la richesse comme un fossile vivant de l'Iran médian. Le troisième est la résilience communautaire, attestée par les figures qui, de la reine sassanide Šušandoḵt à l'éducateur sioniste Halevy, ont incarné la continuité d'une présence sans cesse menacée et sans cesse renouvelée.
À l'heure où la communauté n'est plus qu'un souvenir incarné par une poignée de fidèles, son héritage acquiert une dimension universelle. La reconnaissance par l'UNESCO du centre historique de Hamadan inscrit désormais dans le patrimoine de l'humanité un lieu où la mémoire biblique et l'histoire réelle se touchent. Le Grand Livre des Juifs de Hamadan se referme ainsi sur une certitude prudente : l'archive peut documenter les pierres et les noms, mais c'est la mémoire transmise — celle de la tribu de Siméon, des pèlerinages de Pourim, des vers de Babai b. Luṭf — qui donne à cette communauté sa profondeur et son âme.
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<a href="https://zakhor.ai/hu/grands-livres/communautes/juifs-de-hamadan">Juifs de Hamadan — Zakhor</a>Citation
Juifs de Hamadan — Zakhor, https://zakhor.ai/hu/grands-livres/communautes/juifs-de-hamadan